5 CAMÉRAS BRISÉES

5 CAMÉRAS BRISÉES
19.04.2013

PROJECTION SUIVIE D’UN DÉBAT ANIMÉ PAR JEAN-PAUL CHAGNOLLAUD, professeur de sciences politiques spécialiste de la question palestienne en partenariat avec LE COLLECTIF PALESTINE NORD-ESSONNE L’AFPS 92 et EVRY PALESTINE


Chronique intime d’un village situé à la frontière israélo-palestinienne, ce documentaire est notamment composé par les images filmées par Emad, simple paysan devenu coréalisateur du film. En 2005, il achète une caméra pour la naissance de son dernier fils, et depuis il documente sans relâche la résistance pacifique des habitants de Bil’in face à la progression de l’armée israélienne.

« 5 Caméras brisées » EMAD Burnat & GUY David
Entretien

Le Blog documentaire : Emad, vous filmez votre quotidien depuis 2005, année au cours de laquelle vous avez aussi rencontré Guy. Quand et comment avez-vous décidé de demander à Guy de se pencher sur vos images ?
Emad : Je lui ai d’abord proposé de soutenir le film, sans forcément voir les images que j’avais filmées. J’avais déjà initié le projet, et je cherchais des fonds.
Après 5 années passées à filmer les événements et les personnages de mon quotidien, je lui ai proposé de me rejoindre. Nous avons alors commencé à travailler ensemble.
Guy, pourquoi avez-vous accepté de travailler sur ces images qui n’étaient pas les vôtres ?
Guy : Nous nous connaissions depuis 2005, puisque je fais partie des activistes israéliens qui soutiennent la population de Bil’in. J’avais déjà réalisé plusieurs films autour de ce village. Emad me connaissait, et quand il m’a proposé de le rejoindre sur son travail, je n’étais pas persuadé que nous pouvions faire un film. Je n’étais pas certain qu’un énième documentaire sur ce sujet puisse avoir un sens. De plus, nos nationalités respectives pouvaient poser problème : nous redoutions qu’Emad soit critiqué pour avoir travaillé avec un Israélien.
Cela dit, petit à petit, je me suis dit qu’un film pouvait exister si nous mettions Emad au centre du documentaire. Je me suis dit que, politiquement, ce serait une décision forte que de donner de la résonance à la voix d’Emad et à ses combats quotidiens. Il ne s’agit pas tant d’utiliser ses images, mais de l’instituer en tant que personnage du film en le laissant raconter sa propre histoire. C’est l’une des raisons qui m’a poussé à travailler sur ce projet.
Une autre élément déterminant a été de voir une image particulière, qui m’a profondément choqué. Celle d’un vieux monsieur qui montait sur une jeep pour empêcher une arrestation. J’ai demandé à Emad qui était cet homme, et il m’a répondu que c’était son père qui voulait empêcher qu’on emmène l’un de ses fils en prison. J’ai immédiatement pensé qu’il y avait là un point de départ très fort pour essayer de construire un film, du point de vue d’Emad. Partir d’une histoire familiale pour évoquer le destin d’un village et d’un pays est, selon moi, une bonne manière de raconter ces tragédies.
Emad, avez-vous facilement accepté d’être ainsi placé au centre du film ?
Emad : Le film a débuté en 2005, et non en 2010. J’ai beaucoup réfléchi aux personnages, aux séquences à filmer, et à la construction globale d’une histoire. Guy m’a ensuite encouragé, et il m’a donné des idées pour réaliser et monter ma propre histoire.
Je voulais d’abord faire un film très personnel sur mes amis, ma famille, mon fils. Je ne voulais pas me mettre en avant à titre personnel. Nous avons alors travaillé avec Guy pour bâtir un
ensemble cohérent.
Je voudrais ajouter que, lorsque j’ai demandé à Guy de travailler avec moi, je ne voulais pas que ce projet soit perçu comme une entreprise « israélo-palestinienne ». C’est simplement l’histoire de mon village. Guy était présent sur les lieux en tant qu’activiste israélien. Le seul but de notre collaboration, finalement, c’est de montrer le film en dehors de la Palestine.
Vous êtes finalement un autodidacte.
Vous n’avez jamais appris comment utiliser une caméra ?
Emad : Oui, j’ai tout appris par moi-même.
Quel rapport entretenez-vous avec vos caméras ? Est-ce une arme ou un bouclier ?
Mes caméras sont des armes, des amies, et quelque chose qui nous protège, moi et mes amis. La caméra est une protection, mais elle peut devenir une raison de vous tuer, comme une raison de vous sauver. Le but reste de filmer encore et encore. Il me faut montrer la situation que nous vivons, et raconter notre histoire partout dans le monde.
Comment le projet s’est-il développé, et comment a t-il été financé ?
Guy : Nous avons commencé à travailler avec le Greenhouse development program, une organisation qui tente d’aider des projets de films et des réalisateurs du Moyen-Orient et de la région méditerranéenne. Ils nous ont soutenu, et nous avons profité de leurs réseaux. Nous avons pu trouver des financements hollandais, nord-américains, israéliens… etc. Les professionnels que nous avons rencontrés étaient impressionnés par l’histoire que nous voulions raconter, par nos personnages, par le pouvoir des images, par le trailer aussi. Il y avait beaucoup de travail, mais nous sommes parvenus à le financer. Au final, 5 Caméras brisées est une production franco-israélo-palestinienne, avec des fonds hollandais, canadiens ou encore coréens.
Parlons de cette voix off, si particulière, et si touchante… Comment avez-vous collaboré à ce sujet ? Qui a écrit le texte ?
Guy : Je l’ai écrit, et je pense que la qualité de cette voix résulte de l’alliance de nos deux sensibilités. Je suis avant tout écrivain, et j’ai une approche très poétique de la langue. J’y travaille depuis très très longtemps. Je me suis inspiré de mon expérience à Bil’in, et des conversations que j’ai pu avoir avec les habitants sur place. Nous avons aussi eu de nombreuses discussions avec Emad, sur les toits de Bil’in. Nous parlions de sa vie, de son père…
Je me souviens par exemple de discussions sur la sensibilité des enfants, et notamment d’un échange sur la peau. La peau fine et fragile des enfants est une belle métaphore pour évoquer les évènements qui se tiennent à Bil’in, et cette métaphore a été directement inspirée par l’expérience d’Emad avec son dernier fils.
Et nous avons choisi un ton très doux pour fuir l’émotion et le sensationnel. J’avais l’avantage de venir de l’extérieur, et je pouvais donc aider Emad à mettre les choses en perspective, et à interpréter finalement le réel. Je devais l’aider à cela.
« Suggérer, c'est créer, Décrire, c'est détruire », Robert DOISNEAU





Jean-Paul Chagnollaud

Jean-Paul Chagnollaud est professeur de sciences politiques à l'université de Cergy-Pontoise, et spécialiste de la question palestinienne. Il est le rédacteur en chef de la revue Confluences Méditerranée et directeur de la collection Comprendre le Moyen-Orient chez L'Harmattan.
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