DÉGRADÉ

DÉGRADÉ
03.05.2016

rencontre, à l'issue de la séance, AVEC Tarzan & Arab NASSER, réalisateurs & Rani MASSALHA, producteur.


Tarzan et Arab Nasser

Les frères jumeaux Tarzan et Arab Nasser – de leurs vrais noms Ahmed et Mohammed Abunasser – viennent de Gaza en Palestine où ils sont nés en 1988. Après avoir quitté le domicile familial à 13 ans et enchaîné les petits boulots, ils étudient les Beaux-Arts à l’Université Al-Aqsa et se passionnent pour la peinture et le cinéma.
Ils font la rencontre de Khalil Al Mozian, réalisateur indépendant gazaoui, avec qui ils s’initient à l’écriture et à la production de films. Ensemble, portés secrètement par le cinéma de Bergman et de Tarkovski, et malgré le manque de moyens et l’absence de professionnels, ils tentent de créer une industrie du cinéma d’avant-garde. Mais face à la politique de censure menée par les islamistes en place, le Hamas, leurs travaux ne peuvent être montrés à Gaza, et leur mode de vie underground est rapidement pointé du doigt. Tarzan et Arab ne renoncent pas pour autant, et multiplient les films autant que les tableaux.
En 2010, ils reçoivent le prix des meilleurs artistes de l’année décerné par la prestigieuse Fondation A.M. Qattan pour leur travail d’art conceptuel GAZAWOOD. Tarzan et Arab sont alors nommés parmi les « 50 personnes qui façonnent la culture du Moyen-Orient » par Al-Monitor.
En 2012, ils participent auprès de leur ami Khalil Mozian au documentaire GAZA 36 MM, dans lequel est dressé un triste état des lieux du cinéma en Palestine. Les islamistes, qui ont détruit et brûlé une à une les dernières salles de cinéma à Gaza, en prennent pour leur grade. Les deux frères sont menacés et doivent s’exiler en Jordanie.
C’est sous cette bannière, en 2013, qu’ils réalisent le court-métrage CONDOM LEAD, qui raconte l’intimité perturbée d’un couple sous les bombes. Le film est sélectionné en Compétition Officielle au Festival de Cannes, mais toujours censuré à Gaza, taxé de pornographique à cause d’un plan où deux pieds se frôlent dans un lit.
En 2014, ils réalisent leur premier long-métrage, « DÉGRADÉ́ » huis-clos dans un salon de coiffure pour dames à Gaza, dans lequel ils s’attachent à montrer que « se faire les ongles en pleine guerre, c’est déjà résister »...



« DÉ́GRADÉ » est inspiré de notre vie quotidienne à Gaza, et notamment des difficultés absurdes auxquelles nous sommes confrontés au jour le jour. Nous avons souhaité raconter une histoire sur ce à quoi peut ressembler la vie dans un contexte aussi irrationnel et prohibitif que chez nous.
Nous sommes partis d’un fait divers qui a fait parler de lui en 2007 : l’opération « Libérez le lion », une intervention militaire du gouvernement islamiste en place, le Hamas, contre une des familles armées les plus influentes de Gaza. Cette famille avait volé le lion du zoo et l’exhibait afin de montrer son pouvoir et son insoumission. Le Hamas décida alors de la neutraliser en utilisant le lion comme prétexte. L’opération se termina dans un bain de sang.
De notre côté, nous avons imaginé, en face de la maison de cette famille, un petit salon de coiffure dans lequel se déroulerait l’intégralité du film, autour d’une douzaine de femmes qui s’y retrouveraient coincées, attendant la fin de l’affrontement.
À travers ce salon de coiffure, « DÉ́GRADÉ » donne donc un espace privilégié aux femmes. Elles n’ont pas le même âge et appartiennent à des catégories sociales différentes. Mais dans ce salon, elles ont le droit de parler librement, de raconter leurs vies, leurs peurs, leurs opinions politiques ... Les femmes y viennent pour se faire coiffer, maquiller, épiler. Une mise à nue qui serait impossible dans l’espace public.
Nous utilisons un humour noir et décalé afin de mieux faire sentir la situation dans laquelle se trouve le peuple gazaoui : l’enfermement.
À travers les yeux de ces femmes, « DÉ́GRADÉ »́ a l’ambition de dessiner le portrait de toute une société, en explorant tout particulièrement les notions de temps, d’espace et d’identité. Le film rend également hommage à tous ces gens qui luttent pour avoir un semblant de vie normale dans un quotidien aussi chaotique.
Nous avons grandi avec cette question en tête : comment une population entière est-elle supposée se construire un futur quand elle vit sur un territoire piégé entre une occupation militaire et des divisions internes meurtrières ? Nous avons souhaité créer une série de personnages vrais, excentriques et modernes. De la religieuse à la divorcée amère, « DÉ́GRADÉ » parle des femmes de notre temps, dans ce qu’elles ont en commun en tant que victimes de la guerre, mais aussi dans leurs différences, leurs spécificités, leur féminité. Nous plaçons ainsi notre film d’un point de vue différent de ce qui se propose habituellement dans le cinéma palestinien. Le film n’entend pas uniquement se concentrer sur l’occupation israélienne mais aussi sur nos propres démons, notre propre identité.
Qui sont les femmes palestiniennes ? Qui sont les Gazaouis ? Comment vivent-ils ? À quoi pensent-ils ? Quel est leur quotidien ?
En tant que cinéastes, notre travail s’inspire de la tragédie et de l’absurdité qui se sont abattues sur la Palestine, et, tout particulièrement, sur la bande de Gaza, afin d’alerter au mieux les consciences collectives sur les conditions de vie aberrantes de notre société.


Retour à la liste

Newsletter

Programme

Téléchargez le programme hebdomadaire

Cliquez ici

cinémassy

Place de France
91300 Massy
Exploitant : Xavier Blom

Equipement classé Art et Essai,
Labels Recherche et découverte et Jeune Public.
Trois salles équipées du numérique.