DEMAIN

DEMAIN
26.11.2015

EN AVANT-PREMIÈRE NATIONALE - L’INNOVATION SOCIALE, RÉINVENTER LE MONDE - débat, à l'issue de la séance, animé par Caroline CAILLEAU, présidente de Massy Durable, et Laurent OTT, président d’Intermèdes Robinson.


La maison brûle… et l’on continue de regarder ailleurs. Pourtant, face au défi climatique, un autre scénario est possible. Et si le cinéma nous poussait à l’action ? Et s’il nous projetait dans un changement de société salvateur et motivant ? L’actrice et le cofondateur du mouvement Colibris réalisent un documentaire qui esquisse ce monde de « Demain ». Échange réconfortant.

Vous coréalisez votre premier documentaire, intitulé « Demain ». Que représente-t-il pour vous aujourd’hui ?
Mélanie Laurent. - De tous mes films, c’est le plus important, car le plus proche de mes convictions de mère comme de citoyenne. Je connais Cyril depuis trois ans. J’étais enceinte de trois mois quand il m’a montré une étude de la NASA, « Approaching a state shift in Earth’s biosphere », qui prédit une disparition possible d’une partie de l’humanité entre 2040 et 2100. Cette enquête m’a bouleversée. Elle signifiait que mon fils allait grandir dans un monde de chaos. Comme j’avais besoin d’agir, Cyril m’a parlé de son projet de documentaire positif, constructif, porteur de solutions pour sortir de la crise écologique. Ce road-trip dans neuf pays différents mettra en lumière des personnes qui changent le monde. J’ai tout de suite dit oui. Et refusé, dans la foulée, six propositions de longs-métrages pour me dégager du temps. En réalité, ce films’est imposé à moi de manière urgente, vitale, nécessaire. C’est un héritage d’espoir queje veux léguer à Léo, mon bébé de 9 mois, et à sa génération.
Cyril Dion. - De mon côté, je ne vois pas d’autre moyen d’alerter les consciences. Pendant sept ans, j’ai dirigé le mouvement Colibris aux côtés de Pierre Rabhi. Mais je me heurte à une réalité : malgré toutes les études scientifiques alarmistes, l’écologie plafonne et ne parvient pas à convertir les sceptiques. Comment sortir de ce constat d’impuissance et toucher un public plus large ? Comment embarquer notre société vers des changements nécessaires ? En convoquant les moteurs les plus puissants de l’humanité : le désir et l’imaginaire. Il faut raconter des histoires, construire un nouveau récit collectif qui va nous projeter dans une société soutenable et désirable. Voilà pourquoi nous voulons montrer, à travers des initiatives inspirantes, des hommes et des femmes qui fabriquent déjà ce monde de demain : des banquiers éthiques en Suisse, des fermiers urbains à Detroit, des villageoises indiennes devenues expertes en énergie solaire…

Pourquoi pensez-vous que sur ce sujet l’écriture cinématographique peut toucher ?
Cyril Dion. - Parce que c’est un art qui parle à tous les « étages » d’un être humain, aussi bien à l’intellect qu’à l’émotionnel et qu’au sensoriel. Le cinéma influence la société depuis longtemps : il nous a vendu le rêve américain du progrès, le consumérisme, le confort et le désir de posséder toujours plus. En un siècle à peine, ce « rêve américain » né de l’industrialisation a modifié nos modes de vie plus rapidement que pendant les quinze siècles précédents. Mais notre imaginaire collectif est tellement colonisé par cette vision du monde que nous avons du mal à nous figurer dans un autre projet de société. Avec Mélanie, nous voulons essayer d’inventer, à travers notre film, un nouveau rêve pour nos enfants, qui préserve la planète tout en nous permettant de vivre plus heureux.
Mélanie Laurent. - C’est plus qu’un rêve, Cyril, car les solutions existent ! Mais personne ne les connaît. Il faut braquer le projecteur dessus pour que chacun d’entre nous s’en empare et se dise : c’est possible.

Des films green, il y en a déjà eu. Quelle différence avec le vôtre ?
M. L. - Ils sont souvent déprimants ! Ils ne montrent que l’apocalypse. Alors que si l’on agit tous ensemble, si l’on met en place les réformes nécessaires, un autre scénario est possible. Dans notre film, nous allons montrer des pays, comme le Danemark ou la Suède, qui mènent de vraies politiques écologiques et où le taux de chômage est très bas. Notre objectif est qu’à la fin on se dise : j’ai envie d’habiter dans ce monde-là.
C. D. - Tu as raison, Mélanie. Pour moi, « Demain » n’est pas un film green. Notre sujet, c’est le changement de société. Habitat, agriculture, énergie, urbanisme, économie, éducation…, tout est interdépendant. L’écologie n’est pas un sujet à part : c’est l’équilibre entre les différentes parties d’un écosystème vivant. Et cet écosystème, c’est la Terre.
M. L. - L’écologie, c’est du bon sens !

À quoi pourrait ressembler le monde de « Demain » ?
M. L. - Nous faisons commencer notre film à Detroit, aux États-Unis. Cette ville sinistrée, qui symbolise l’échec du rêve du progrès, incarne aussi le renouveau. Les habitants ont transformé des friches industrielles en potagers, en jardins ou en fermes coopératives. La cité est devenue le laboratoire mondial de l’agriculture urbaine : on compte 1 600 parcelles cultivées. Et Detroit a inspiré des centaines de villes à travers le monde !
C.D. - Toutes les initiatives que nous avons choisies s’inspirent de la nature. Ce sont des systèmes moins pyramidaux, plus circulaires, qui fonctionnent en réseaux, ne produisent pas de déchets et où les citoyens ont plus d’autonomie et de pouvoir sur la réalité qui les entoure. Dans l’urbanisme, par exemple, cela se traduit par des villes beaucoup plus organiques, où la nature retrouve une place.

Parmi toutes ces initiatives,laquelle vous inspire le plus ?
C.D. - L’histoire de Rangaswamy Elango, une légende vivante en Inde. Cet intouchable devenu maire en 1996 a transformé son village natal. Il a associé tous les habitants, intouchables et hautes castes, aux décisions publiques. Les rues ont été dotées de poubelles, d’éclairage public, d’un système de collecte d’eau de pluie aménagé pour fournir de l’eau potable. La ville a été équipée en panneaux photovoltaïques. Tout est produit et transformé sur place. Aujourd’hui, cet homme veut créer un réseau de vingt mille villages reproduisant ce modèle de gouvernance. C’est formidable écologiquement et socialement.
M. L. - De mon côté, je suis curieuse de voir comment on enseigne l’écologie à l’école en Finlande. Il y a quelques jours, ma belle-fille de 7 ans, Philomène, m’a demandé : « Mais pourquoi je n’ai pas de cours de nature à l’école ? » Nos enfants grandissent hors sol : il faut les emmener en forêt, voir et toucher des arbres. Leur parler des animaux, car dix espèces disparaissent chaque jour de notre planète. L’environnement, c’est d’abord du respect. Quand j’étais jeune, j’étais scolarisée dans un collège alternatif - Decroly, à Saint-Mandé - où les notes n’existaient pas, où personne ne se comparait aux autres. Alors que dans le système scolaire classique, on apprend aux enfants à éliminer les autres, les faibles, à être le meilleur pour survivre.

Cela reflète-t-il notre manque d’empathie vis-à-vis de la nature ?
M. L. - Absolument. Nous allons filmer des écoles qui, dès la maternelle, apprennent aux enfants à coopérer, à résoudre pacifiquement leurs conflits, à vivre harmonieusement avec eux-mêmes, les autres et la nature.
C.D. - On évolue dans un monde déraciné, rationalisé, matériel. Philomène le dit très bien : on apprend à aimer ce que l’on connaît. Je suis persuadé que les comportements de prédation financière ou territoriale, le consumérisme effréné, sont liés à notre éducation. Mais je pense aussi qu’il faut cesser de bassiner les enfants avec l’écologie : montrons-leur plutôt l’exemple. C’est en étant nous-mêmes écolos que nos enfants le deviendront. Et c’est à notre portée. Si nous changeons nos habitudes alimentaires et d’achat, nous pouvons réduire jusqu’à 50 % notre empreinte écologique.

Votre rêve pour demain ?
C. D. - Vivre dans un monde où les gens sont libres d’être ce qu’ils sont, d’exprimer leurs talents, de s’épanouir tout en respectant les autres et la nature… Au fond, d’être heureux sans détruire la planète au point qu’on ne puisse plus y habiter demain. C’est très basique, mais on a tellement de mal à y arriver ! Je pense souvent à la phrase de Marianne Williamson que Nelson Mandela a reprise dans son discours d’investiture : « Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. Notre peur la plus profonde est que nous soyons puissants au-delà de toute limite. » Nous avons peur de qui nous sommes, de notre propre dimension. Or, face au défi climatique, l’humanité peut et doit se surpasser.
M. L. - J’ai confiance parce que, lorsque nous naissons, nous sommes des superhéros. Notre potentiel est immense. Le souci, c’est que nous passons notre vie à enlever nos superpouvoirs. Alors cessons de fantasmer sur Spiderman, et prenons conscience de notre puissance, individuelle et collective, pour faire bouger la société.

L'HISTOIRE
Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien, était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales, que traversent nos pays ? Suite à la publication d’une étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, Cyril Dion et Mélanie Laurent partent avec une équipe de quatre personnes enquêter dans dix pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l’éviter.                                                                                             
Durant leur voyage, ils rencontrent les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. En mettant bout à bout ces initiatives positives et concrètes qui fonctionnent déjà, ils commencent à voir émerger ce que pourrait être le monde de demain…

Mélanie laurent - réalisatrice
Actrice depuis l’âge de 14 ans, Mélanie a participé à près de 40 films parmi lequel « Inglorious Bastards » de Quentin Tarantino, « Je vais bien ne t’en fais pas » de Philippe Lioret (pour lequel elle a reçu le César du meilleur espoir), « Le Concert » de Radu Mihaileanu, « La rafle » de Roselyn Bosch, « Night train to Lisbon » de Billie August, « Beginners » de Mike Mills.
Elle a réalisé 4 films, deux courts-métrages et deux long métrages pour le cinéma . Son second, « Respire », adapté du roman d'Anne-Sophie Brasme, est sorti en octobre 2014 et a été présenté à la Semaine de la Critique cannes 2014. Elle prépare actuellement “plonger” adapté du roman éponyme de Christophe Ono-dit-bio.

Cyril Dion - auteur et réalisateur
Après une très courte carrière de comédien, Cyril devient coordinateur de projets pour la Fondation Hommes de Parole. Il participe à monter le congrès israélo-palestinen de Caux en 2003 puis le 1er et 2ème Congrès Mondial des Imams et Rabbins pour la Paix à Bruxelles et à Séville en 2005 et 2006.
En 2007 il créé avec Pierre Rabhi et quelques amis, le mouvement Colibris qu’il dirigera jusqu’en juillet 2013. Il en est aujourd’hui porte-parole et membre du cercle de pilotage. Entre temps il co-fonde le magazine Kaizen et la collection Domaine du Possible chez Actes Sud. En 2010 il co-produit avec Colibris « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau. Il a publié en 2014 un recueil de poèmes “Assis sur le fil” aux éditions de la Table Ronde.


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