HIPPOCRATE

HIPPOCRATE
04.09.2014

rencontre, à l’issue de la séance, avec Thomas LILTI, réalisateur


Synopsis  :
 Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain.
Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui.
Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. 
Son initiation commence.

CANNES 2014. Semaine de la critique. Film de clôture.

En choisissant de clore sa sélection par le second long-métrage de Thomas Lilti, La Semaine de la Critique fait un choix étonnant. Après nous avoir présenté des films d’auteur ambitieux, audacieux, parfois provocants, issus des quatre coins du monde, voilà que la plus « défricheuse » des programmations cannoises se termine en apothéose avec HIPPOCRATE, un film français en apparence bien sage. Mais c’est peut-être le signe le plus fort que la Semaine pouvait envoyer au petit milieu du cinéma. Oui, il existe un cinéma français populaire, accueillant, bien écrit, bien joué qui in fine pourrait même nous bousculer. Pas besoin d’esbroufe, de concept tortueux, ou de sujet brûlant pour épater : HIPPOCRATE s’appuie sagement mais sûrement sur une écriture précise et un casting curieusement malin. Surtout, Thomas Lilti n’a aucune prétention ou de sur-moi d’auteur. Au vue de son sujet, on pourrait craindre qu’HIPPOCRATE nous rejoue sous forme d’une fiction maladroite tout ce que le cinéma documentaire à la Depardon sait capter avec tact. Il y a quelques années, Maïwenn présentait son POLISSE qui, surfant au « ras du réel », flirtait avec le reportage façon Zone interdite. Mais contrairement à Maïween, Lilti n’instrumentalise pas les situations qu’il décrit pour mettre en scène sa propre puissance de réalisateur. Un peu en retrait, son regard, nourri de son expérience personnelle, observe non pas tant des médecins ou des infirmières réduits à leur fonction sociale, que véritablement des personnages, tous construits. La grande richesse et la grande intelligence du film, c’est justement de ne pas se contenter du Réel, du choc que peut produire un lieu comme l’hôpital, du glauque qui forcément peut surgir à tout instant. Au contraire, le film travaille une forme plus romanesque, une sorte « d’Education» plus sociale que sentimentale où les deux « héros » antagonistes confrontent leur idéalisme. D’un côté, Benjamin (Vincent Lacoste) qui enfile sa blouse d’interne comme un costume de super-héros indéfectible, de l’autre Abdel (Reda Kateb) qui fait de la médecine un sacerdoce social. La nonchalance du premier fait des étincelles face à la brutalité et la raideur du second. Petit à petit, le film devient le récit d’une double désillusion qui finit par brouiller le manichéisme du début. Difficile de savoir où se situe exactement Lilti dans la guerre qui oppose ces deux personnages. Ce n’est que lorsque le film prend une vraie tournure politique, quittant ainsi l’arrogance et l’individualisme vers le collectif, que le réalisateur monte au créneau avec force. À la fois radiographie du monde contemporain et « coming of age » en milieu hospitalier, HIPPOCRATE n’est peut-être pas un grand film éblouissant. Mais il redore, à sa manière et intelligemment, le blason du cinéma français en ajoutant ce qu’il faut de fiction et de précision à la toute-puissance du réalisme.

THOMAS LILTI - PORTRAIT

« Je suis médecin et cinéaste. J'ai appris les deux métiers en parallèle : la médecine via des études, le cinéma en autodidacte. Très longtemps j'ai cloisonné les deux métiers, alors qu'ils ont beaucoup en commun, ne serait-ce que le travail en équipe où d'être au contact de multiples corps de métier spécialisés. Hippocrate parle cependant de leur principale différence : le poids de la responsabilité que l'on peut porter quand on est médecin, ce sentiment perpétuel d'être dans le doute, la perte d'une certaine insouciance qu'il entraîne.

Il fallait que je me démarque de l'imagerie de l'hôpital véhiculée depuis quelques années par certaines séries télé jusqu'a nourrir l'inconscient collectif. L'une des échappatoires a été de filmer plus les humanités à l'intérieur de ce lieu que lui, sans trahir sa réalité. Je me suis donc très attaché au réalisme sans pour autant renoncer à un certain romanesque. Celui-ci ne peut s'ancrer que si l'environnement est crédible dans le moindre micro-détail : pour la moindre piqûre montrée à l'écran, je voulais qu'on utilise la bonne aiguille. Mais Hippocrate n'est pas pour autant un documentaire; mon désir de cinéaste est aussi celui d'aller vers une forme de divertissement, sans pour autant glisser dans le polar ou le thriller médical.

L'hôpital contemporain n'est plus un lieu d'ultra modernité : certains sont désaffectés, abîmés. Les mandarins sont désormais des fonctionnaires, qui sans être financièrement à la rue, gagnent beaucoup moins que les spécialistes en libéral : 30 à 40% des médecins qui travaillent dans les hôpitaux publics sont étrangers issus de l'extérieur de l'union européenne, mal payés, dans une certaine forme de précarité. Je voulais traiter tout cela sans faire une thèse autour de ces thèmes, Hippocrate n'est pas un film à charge. »


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