LA PIROGUE

LA PIROGUE
16.11.2012

débat, à l’issue de la projection, pour LE DROIT À VIVRE DANS LA DIGNITÉ en présence de : Adélie CHEvéE, Amnesty InterNAtional responsable de la commission aux personnes déracinées & JEUNES POUR LE MONDE


Sur le bateau de fortune des hommes perdus

C’est un cri d’humanité que nous jette à la face le réalisateur sénégalais Moussa Touré. Point n’est besoin d’être cinéphile pour apprécier son travail. Même si cela aide.

C’est un drame de l’exil, ou plutôt un drame comme il s’en produit trop souvent quand la pauvreté pousse à tenter l’exil. La sortie de ce titre francophone coïncide-t-elle avec la venue du chef de l’État au sommet de la francophonie en terre africaine ou n’est-elle que le fruit du hasard ? La question ne nous a pas taraudés au point de la poser à qui de droit. L’important est que l’œuvre existe et parvienne enfin à nous atteindre, après sa sélection à Cannes en mai dernier dans la section Un certain regard.

Comme le démontre le film, la lumière attirera toujours les papillons. Et la lumière c’est, une fois de plus, celle des capitales occidentales, tandis que le malheureux insecte rêvant de s’y brûler, c’est celui qui a la peau noire et le malheur d’être né avec le passeport d’un pays africain, même si c’est bien souvent, ironie du sort, l’Imprimerie nationale française qui a procédé à sa confection.

  • À son tour, Moussa Touré, homme sympathique né en 1958 à qui l’on doit plusieurs collaborations dont deux longs métrages ainsi que la création d’un festival de cinéma dans la capitale sénégalaise, nous raconte l’histoire de ces infortunés poussés par le désespoir. Comme nous sommes à Dakar, la voie maritime est choisie pour l’exil, d’autant plus que nous sommes dans un village de pêcheurs, dont un peut conduire dans son bateau la trentaine de passagers de différentes ethnies qui n’ont comme point commun que l’ignorance des dangers qu’ils vont avoir à affronter. Ainsi qu’on peut s’en douter, le rafiot est de fortune (il n’y a bien que lui), le pilote modérément expérimenté et la météo ne sera pas toujours clémente, au contraire, ce qui permet au demeurant une scène navale digne d’Hollywood, sans doute la plus convaincante qu’on a jamais vue en provenance d’une œuvre du continent noir. En effet, après une introduction à terre destinée à nous présenter le cadre de vie de ceux qui vont devenir les personnages, le film en mer prend le parti du huis clos, choix logique mais périlleux tant il implique une sûreté dans le placement de la caméra. Choix qui, cependant, dans le meilleur des cas, permet à la dramaturgie de bénéficier de ce sentiment de contraction, de resserrement, qui est la résultante du respect des trois unités du théâtre classique. Un film juste et touchant tourné en numérique, une nouveauté sur le continent africain. Et l’occasion de rappeler que, de 2003 à 2011, des milliers d’embarcations semblables à celle du film ont permis au rêve de prendre corps, quelle qu’en soit l’issue. Les drames de l’immigration sur les côtes italiennes, des films forts comme Terraferma d’Emanuele Crialese, nous l’avaient un peu fait oublier.




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