LES CHÈVRES DE MA MÈRE

LES CHÈVRES DE MA MÈRE
06.05.2014

séance, suivie d'une rencontre, avec Sophie AUDIER, réalisatrice


LES CHÈVRES DE MA MÈRE
Sophie AUDIER - documentaire France 2013 1h35mn - avec Maguy Audier, Anne Sophie et les chèvres...

Il y a dans ce documentaire bouleversant autant de choses à aimer que de beautés à contempler, autant de leçons à apprendre que de cailloux sur le plateau venté. D’abord bien sûr il y a Maguy, bergère singulière qui troqua un matin ses souliers de citadine pour les bottes d’éleveuse. C’était il y a quarante ans. Il y a ensuite Anne Sophie, jeune femme discrète et obstinée, fraîchement diplômée et désireuse de devenir à son tour éleveuse. Il y a derrière la caméra Sophie, la fille de Maguy, témoin privilégié de cette aventure extraordinaire qui se déroule au fil des mois sous nos yeux. Et puis il y a Blanche Neige, Cachou, Caféine, Danette, Clochette, Nuage… les chèvres du troupeau de Maguy.
On connaît depuis longtemps la force, la beauté pudique, l’intelligence tranquille qui habitent souvent (mais pas toujours) le cinéma documentaire et le hissent à la hauteur des fictions les plus réussies, tant par les messages qu’il nous transmet que par sa charge émotionnelle et sa capacité à happer le spectateur dans son tourbillon de réel. Les Chèvres de ma mère est de cette trempe : avec une simplicité presque déroutante, il déroule sous nos yeux le fil fragile d’une histoire belle et forte qui en dit long sur le monde agricole, sa dureté, ses méandres administratifs, sa fragilité. Mais qui surtout en en dit long sur la beauté de l’âme humaine, sur l’importance de la transmission et du partage, sur les étapes d’une vie, ses forces, ses failles, ses élans, ses lassitudes.

Maguy aime son troupeau et la réciproque est vraie. Installée dans cette bergerie à Saint-Maymes, plateau d’altitude sauvage près des gorges du Verdon, elle s’occupe depuis près de quarante ans de ses bêtes : elle les nourrit, les sort par tous les temps, les soigne, met aux mondes les chevreaux, se sépare – boule au ventre – des animaux les plus fragiles et confectionne des fromages avec un savoir faire ancestral qu’elle maîtrise du bout de la louche. Elle a une très haute considération pour ce métier qu’elle a choisi et un profond respect pour son travail, souvent ingrat. Elle a quitté la ville, on ne sait pas comment ni pourquoi et on s’en moque. À la voir ainsi, épanouie au milieu de cette nature rude et belle, on se dit qu’elle est ici à sa place et que l’ombre du doute n’a jamais dû peser sur son esprit libre et rebelle. L’utopie à hauteur de chèvres d’une vie saine, simple, presque monacale.
Mais l’heure de la retraite est là et pour pouvoir prétendre à une maigre pension, ridicule d’ailleurs au regard de son labeur, elle doit céder son troupeau. Anne Sophie va prendre la relève, dans le cadre des dispositifs de la Chambre d’Agriculture : parrainage et autorisation d’installation. Elle a la fougue calme et déterminée de sa jeunesse, l’attachement aux bêtes, l’envie de travailler et de créer sa propre affaire. Les choses ne sont pas simples, les dossiers de demande d’aide, les autorisations, les permis, les prêts qui se débloquent si et seulement si mille et unes conditions sont réunies : il est loin le temps où l’on pouvait s’installer avec un troupeau et quelques idéaux.

Entre les deux femmes de deux générations bien éloignées, c’est une alchimie étrange et touchante qui se produit : la transmission passe par les mots, les gestes mais aussi les non-dits, les silences et la gêne qui parfois s’insinue entre celle qui va perdre son bien le plus précieux et celle qui va le lui « dérober ». La caméra de Sophie Audier est là et suit avec délicatesse toute cette histoire, au rythme des clochettes des biquettes et des saisons qui passent. Sans jamais poser un regard inquisiteur ou même critique sur cette histoire, sans jamais juger ni l’insouciance un peu folle de sa mère, ni le pragmatisme parfois détaché d’Anne Sophie, la cinéaste saisit au vol de purs moments de grâce et nous replonge aussi dans ces terres de l’enfance où l’odeur de la bergerie et le goût du fromage de chèvre croqué sur les chemins de terre valaient bien tous les trésors du monde.


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