MON ÂME PAR TOI GUÉRIE

MON ÂME PAR TOI GUÉRIE
27.09.2013

rencontre, à l’issue de la séance, avec François Dupeyron, réalisateur


« Mon âme par toi guérie » s’impose d’abord à nous par l’extraordinaire présence de Grégory Gadebois, comédien exceptionnel, force et sensibilité mêlées, qui nous rend son personnage immédiatement proche et attachant, et qui dévoile avec une infinie délicatesse les sentiments complexes, voire contradictoires, qui le meuvent (le très beau « Angèle et Tony », qui nous l’a fait découvrir, lui valut un César bien mérité du meilleur espoir).
Et puisqu’on a commencé par l’acteur principal, ajoutons d’emblée que toute la distribution est formidable : Jean-Pierre Darroussin, encore une fois épatant, Philippe Rebbot, grand escogriffe qui installe tranquillement sa singularité, la trop rare Marie Payen, juste et émouvante… Toutes et tous forment une galerie de personnages magnifiquement dessinés, qui existent très fort à l’écran et font d’une histoire ambitieuse, foisonnante et déroutante une riche plongée dans des vies à la fois ordinaires et uniques… Sans oublier Céline Salette, que nous verrons apparaître un peu plus tard, chancelante, l’histoire prenant à sa suite un tournant qu’on n’attendait pas forcément…
Grégory Gadebois est Frédi, costaud taiseux et assez insaisissable, qui vient de perdre sa mère. Et c'était quelqu'un, sa mère ! Les gens viennent encore toquer à la porte du modeste mobile-home familial, où Frédi passe discuter avec son père en descendant quelques canettes, pour lui demander ses services. Mais la guérisseuse que tous venaient voir quand la médecine abdiquait n'est plus là. Sacrée perte qu'une femme avec un don pareil ! Elle l'a bien transmis, ce don, mais celui qui l'a reçu en héritage ne veut pas en entendre parler. « Et lui, quand c'est non, c'est non… » On peut déceler une pointe de tristesse dans la voix du père quand il prononce ces mots à l'intention d'une inconnue venue avec l'espoir d'aider son fils à guérir… Mais Frédi a déjà tourné les talons, parti rejoindre sa moto et ses potes au bistrot.
Comment assumer un tel don quand on a tant de mal à s'assumer soi-même, à trouver un vrai sens à sa vie, quand on ne trouve rien de solide à quoi s'accrocher ? Frédi semble traverser la vie et le monde sans y prendre vraiment part, sans parvenir à s'attacher à quelque chose ou quelqu'un, ni à son père qu'il passe pourtant voir régulièrement, ni à sa fille qu'il ne voit que très peu et presque à contre-cœur, ni à ses ami(e)s qui sont pourtant toujours là, prêts à l'écouter ou à lui filer un coup de main s'il le demandait. Mais Frédi parle peu, ne demande jamais, préférant sans doute aider qu'être aidé. Pourtant il a choisi de ne pas croire à ce « pouvoir » qui pourrait justement l'aider à aider les autres, il a décidé de faire comme s'il n'existait pas, comme si la chaleur que dégagent ses mains ne signifiait rien. Mais les circonstances, on le sait bien, n'en font parfois qu'à leur tête… Un accident dont il se sent responsable va contraindre Frédi à accepter ce don, à souhaiter par dessus tout que ses mains soient réellement capables de guérir celles et ceux qu'elles touchent…
« Mon âme par toi guérie »…
Ce très beau titre dit bien la nature de ce film lyrique et romanesque, à la fois bien ancré dans la réalité mais s'en détachant pour ne pas se laisser emprisonner par la banalité, pour mieux rechercher la vérité multiple des êtres et des événements. François Dupeyron signe une œuvre audacieuse, originale, inclassable, libre.
Et en même temps parfaitement accessible, ouverte, accueillante.
Il a eu toutes les peines du monde à mener son projet à bien, tous les décideurs, et en particulier les incontournables chaînes de télévision, estimant qu'il était justement trop original, trop inclassable.
Il a fallu l'entrée en jeu d'un producteur-distributeur vraiment indépendant, Paulo Branco, pour que « Mon âme par toi guérie » existe.
C'est maintenant à nous, salles de cinéma, et à vous, spectateurs, de jouer : faisons de ce film un beau succès, pour prouver aux décideurs qu'ils ont tort de ne pas croire en l'audace et en la liberté.

FRANÇOIS DUPEYRON

Diplômé de l'IDHEC, Francois Dupeyron se fait un nom dès ses premiers courts métrages, notamment « La Nuit du hibou » et « Lamento»», qui remportent chacun le César du meilleur court métrage, respectivement dans la catégorie documentaire, en 1984, et de fiction, en 1988. La même année, il tourne son premier long métrage, « Drôle d'endroit pour une rencontre » qui réunit Deneuve et Depardieu et qui est nominée au César de la meilleure première oeuvre.

Après le demi échec d' «Un coeur qui bat » en 1991, il s'essaie au thriller fantastique avec « La Machine » en 1994, offrant par ailleurs à Didier Bourdon son premier rôle dramatique, puis tourne « C'est quoi la vie?»» avec Eric Caravaca qu'il retrouve en 2001 pour « La Chambre des officiers ». Evoquant le destin des gueules cassées de la Première Guerre mondiale, le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2001 et permet à François Dupeyron d'obtenir une nomination comme meilleur réalisateur aux César l'année suivante.

Auteur du scénario de tous ses films, François Dupeyron a également coécrit « Le Fils Préféré » avec Nicole Garcia ou encore « Un pont entre deux rives » pour Gérard Depardieu. En 2002, il s'attaque à l'oeuvre d'Eric-Emmanuel Schmitt, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », un succès théâtral qu'il adapte pour le grand écran avec la complicité d'Omar Sharif en épicier philosophe.

François Dupeyron se penche ensuite sur l'immigration clandestine dans « Inguelezi », affirmant ainsi son désire de cinéma social. En 2008, il adopte malgré tout un registre plus léger et réalise « Aide-toi, le ciel t'aidera », où il dépeint avec tendresse le quotidien des habitants d'une cité.


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