RED ROSE

RED ROSE
04.10.2015

rencontre, à l’issue de la séance, avec Sepideh FARSI, réalisatrice & Mina KAVANI, comédienne.


SYNOPSIS
Téhéran, juin 2009, au lendemain de l’élection présidentielle usurpée.
Le tumulte d’une ville qui tangue sous la « Vague verte » de contestation. Un appartement comme lieu de refuge.
Un homme et une femme de deux générations différentes. Un téléphone portable et un ordinateur pour relayer les nouvelles de la révolte.
Une histoire d’amour qui bouleversera le cours de deux existences.

ENTRETIEN AVEC SEPIDEH FARSI
Comment est né ce projet ?
J’ai quitté Téhéran une semaine avant l’élection présidentielle de 2009, les rushs de « La Maison sous l’eau », mon précédent film, sous le bras. Et comme beaucoup d’Iraniens, je me suis engagée immédiatement dans les protestations contre ces élections usurpées de juin 2009.
Vu d'ici, le soulèvement post-électoral était grandiose et la répression du régime iranien apparaissait comme d'autant plus cinglante. Jamais dans l'histoire de l'Iran, aucun mouvement n'a suscité autant d'engagement parmi la diaspora.
Avec Javad Djavahery, mon complice et le scénariste de RED ROSE, nous observions très attentivement ce qui était à l’oeuvre dans notre pays. Le comportement des jeunes manifestants de 2009 était très différent du nôtre, au même âge. La différence d'expérience entre ma génération - qui a vécu la révolution de 1979, le renversement du Shah, la mise en place de la République islamique et la répression des années 1980, et celle des jeunes protestataires de 2009, était frappante. En 2011, lorsque la vague commençait à retomber, Javad m’a proposé ce qui est devenu la matrice de RED ROSE : le récit d’une histoire d’amour sur fond de révolte, une rencontre passionnelle entre deux êtres appartenant chacun à l'une de ces deux générations.
Très vite, l'idée d'un huis-clos s'est imposée : émeutes à l’extérieur, histoire intime à l’intérieur, entre deux êtres qui s'attirent mais ont aussi des comptes à régler. J’ai tout de suite voulu travailler avec des comédiens iraniens, tourner en persan et utiliser des images d’archives.
Pourquoi recourir justement, en guise d’introduction au film, à ces images tournées au téléphone portable ?
Il n’était pas question de reconstituer les manifestations ! Ces images d’archives représentaient un matériau brut porteur d’une énergie et d’une vérité impossibles à recréer. Filmées par des anonymes, ces images ont été vues par des millions de gens de par le monde grâce à Internet, elles nous étaient presque devenues familières, même si elles ont été un peu oubliées depuis… Utiliser ces images, c’était aussi rendre un hommage à tous ces gens qui ont risqué leur vie pour témoigner, en l’absence de journalistes professionnels, puisque le régime iranien avait chassé tous les reporters étrangers au lendemain de l’élection.
Vous avez tourné le film en dehors de l’Iran : il était donc impossible pour vous de travailler dans votre pays d’origine ?
Oui, c’était l’une des principales difficultés. Il était évident que nous ne pouvions pas tourner en Iran, mais il fallait que le film conserve son âme iranienne. Je voulais qu’on ait l’impression que cet appartement était au coeur des soulèvements... J’espère avoir réussi. Jusqu’à aujourd’hui, pas un Iranien n’a posé la question du lieu de tournage en voyant le film.
Cette fiction s’appuie sur une réalité politique et une contestation que vous essayez un peu, à votre manière, de maintenir en vie à travers l’existence même de ce film ?
Oui... Le régime iranien essaie d’effacer le souvenir de cette contestation. Avec le mouvement vert, nous avons raté une opportunité historique de réforme. C'était un mouvement précurseur,
précédant de plus d'un an et demi « Les Printemps Arabes ». Il était innovant en termes de comportement des contestataires et avait des particularités importantes, comme le caractère non violent et laïc des revendications, le recours intensif aux réseaux sociaux, la première résurgence des reporters-citoyens et la présence massive des femmes, qui en faisaient un mouvement d'avant-garde dans la région. Mais au-delà du témoignage politique, l’enjeu pour moi était de faire un film en toute liberté, en dépassant les lignes rouges du régime. Montrer une histoire d’amour librement, dans sa complexité, y compris avec les scènes de sexe qu'elle exige.
Avec ce film, vous tentez donc de casser un à un les carcans générationnels et politiques.
Je voulais faire un film frontal, briser les tabous du cinéma iranien, et montrer que l’on peut faire des films autrement, sans se soumettre à la censure du régime.
Vous savez qu’aujourd'hui toute critique ouverte du régime, et encore plus toute évocation directe du mouvement vert est sévèrement réprimée. Ajoutez à cela que toute représentation du corps féminin non couvert, ou contact physique entre homme et femme est interdit à l’écran, censuré et passible de peine de prison. Alors vous imaginez ce qu'on encourt pour mettre en scène ou interpréter des scènes de sexe explicites et des propos politiques aussi frontaux que dans RED ROSE...
Faire ce film était donc un choix fort, un véritable engagement, pour moi comme pour les comédiens: le prix à payer est de ne plus pouvoir retourner en Iran.
Aucun d’entre nous n’a hésité, au nom de la liberté de création, de la liberté tout court !
Comment avez-vous choisi les deux comédiens principaux ?
Le scénario était écrit avant de trouver les comédiens. Le processus de casting a été assez long. Il fallait trouver des comédiens qui me plaisaient, qui correspondaient aux personnages et qui acceptaient de ne plus retourner en Iran. Je connaissais déjà Mina Kavani, je l’avais rencontrée lorsque, encore adolescente, elle débutait au théâtre en Iran. Je l’ai retrouvée à Paris, alors qu’elle finissait le conservatoire. Nous avons été en contact pendant un an, je lui ai fait passer des essais, je voulais être sûre qu’elle faisait le choix de tourner dans le film en toute conscience.
Vassilis Koukalani, son partenaire dans le film, est moitié iranien, moitié grec. Il vit aujourd’hui à Athènes, mais il a vécu en Iran et parle parfaitement persan. Mon producteur grec me l’a présenté dès que j’ai pris la décision de tourner à Athènes, une ville qui pour moi ressemble en bien des aspects à Téhéran. Il se trouve que le père de Vassilis avait été emprisonné en Iran quand le Shah était encore au pouvoir. Il avait donc une expérience forte à travers les récits de son père de ce qu’étaient la torture et les interrogatoires musclés. Et puis, il y a Shabnam Tolouei dans le rôle de Simine. Grande comédienne iranienne qui a dû s'exiler à Paris il y a quelques années, car elle était interdite de tournage en Iran à cause de sa confession.
Comment les comédiens ont travaillé ensemble, quelles étaient les principales difficultés ?
Les comédiens se sont rencontrés plusieurs mois avant le tournage lorsqu'on a fait des essais à Athènes. C’était une manière pour moi de m’assurer que le courant passait entre eux et que Mina, pour qui c’était la première vraie expérience au cinéma, se sentait à l’aise. Puis il y a eu d’autres rencontres, et enfin les répétitions, un mois avant le début du tournage. Il y a donc eu plusieurs étapes pour favoriser le rapprochement. Entre comédiens et réalisateur, ce n’est jamais facile non plus, nous avons tous dû nous apprivoiser, sans pour autant gommer les moments de tension. Pendant le tournage, les comédiens sont passés par toutes les étapes que l’on voit dans le film ! Sur le moment, c’était épuisant, mais a posteriori, je pense que cela a servi le film. Il fallait ces pics émotionnels pour donner du relief et de la richesse au film.
Votre film repose énormément sur la confrontation, entre deux êtres, entre deux univers générationnels…
Entre hommes et femmes aussi ! Je me suis appuyée dans la mise en scène sur une énergie qui nait de la confrontation, pour faire ressurgir quelque chose de plus subtil et qui dépasse largement l’Iran. Le film voyage beaucoup dans les festivals et, à Marrakech par exemple, un réalisateur égyptien est venu me voir en me disant qu’il s’était projeté dans le film et les personnages. Du point de vue de l’expérience générationnelle, politique, mais aussi sur le plan de l’Islam, du rapport à la laïcité et à l’émancipation féminine, les problématiques de ce film recoupent celles que l’on peut retrouver en dehors de l’Iran, dans la région et plus loin, même en Europe.
Au centre de votre film, on trouve aussi la question de l’émancipation amoureuse, sexuelle, comment on se retrouve dans des espaces clos, cachés, pour pouvoir la vivre.
En Iran, on voit cela à l’extrême. Nous vivons une véritable schizophrénie entre ce que l'on vit à l’intérieur et ce qu’il se passe à l’extérieur. Jamais, je crois, les gens n’ont eu en Iran autant de relations extra-conjugales ! Avant le mariage, les jeunes Iraniens vivent également très librement leur vie amoureuse, sociale et intime. Simplement, tout se fait en cachette. Je voulais absolument montrer cette dichotomie. Certainement parce qu’elles sont soumises à une pression très forte, les jeunes femmes iraniennes sont plus débridées que les hommes, je dirais encore plus avides de liberté : elles veulent vivre !
C’est un peu ce que je montre dans le personnage de Sara, et c'est aussi le message que porte le film tout entier.

Ali / Sara : DEUX GENERATIONS DE CONTESTATION
1977-1979
Naissance d’un mouvement de protestation contre le régime du Chah dont la politique est à l’origine de profondes disparités sociales.
De nombreux iraniens descendent dans la rue mais ce mouvement populaire est récupéré par les fondamentalistes religieux et leur leader charismatique Khomeini.
En février 1979, le régime du Chah tombe, l’Ayatollah Khomeini est porté au pouvoir et ce nouveau régime s’arroge progressivement les pleins pouvoirs, réprimant violemment ses opposants, y compris dans les rangs de ceux qui avaient initié la révolution.

Juin 2005
Première élection de Mahmoud Ahmadinejad, brièvement contestée par les réformateurs, puis entérinée par le Guide Suprême.
12 Juin 2009
Mahmoud Ahmadinejad se présente pour un second mandat.
Face à lui, plusieurs candidats réformateurs parmi lesquels Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi.
Tous les sondages donnent Moussavi gagnant.
Les électeurs misent sur une participation massive pour empêcher le régime de tricher, elle sera de 85%.
21h00
Malgré certaines irrégularités signalées, les sondages en sortie des urnes sont unanimes: Moussavi est donné gagnant et reçoit même un appel du ministère de l'intérieur lui confirmant sa victoire.
Il fait son discours de victoire et est félicité par bon nombre des dignitaires du régime.
23h00
La télévision iranienne annonce les premiers résultats « officiels » : Ahmadinejad l'emporte avec 63% des suffrages. Fureur générale.
Dans la nuit…
Les QG de campagne des deux candidats réformateurs sont saccagés et l'arrestation de leurs proches commence.
Les protestataires sont déjà dans les rues de Téhéran et dans toutes les grandes villes iraniennes criant « Où est mon vote? ». La couleur verte, couleur de campagne de Moussavi, devient rapidement l'emblème du mouvement.
Dans les mois qui suivent, le pays est secoué par une vague de protestation historique, réprimée dans le sang.
Plusieurs milliers de personnes sont arrêtées (dont certaines sont encore en prison à ce jour), on décompte plusieurs centaines de morts et blessés par balle dans les rues et plusieurs dizaines de prisonniers meurent sous la torture.
2015
Mir Hossein Moussavi, sa femme Zahra Rahnavard et Mehdi Karoubi sont en résidence surveillée depuis plus de quatre ans, leur état de santé est préoccupant.

SEPIDEH FARSI – BIOGRAPHIE
Née à Téhéran, Sepideh Farsi arrive à Paris en 1984 pour des études de mathématiques mais bifurque rapidement vers l'image.
Après quelques années de pratique photographique, elle réalise des courts-métrages de fiction, puis plusieurs documentaires dont Homi D. Sethna, filmmaker, plusieurs fois primé, Harat et Téhéran sans autorisation, tous deux sélectionnés au festival de Locarno.
Elle réalise des longs-métrages Le Voyage de Maryam (2002), Rêves de Sable (2003), Le Regard (2005), puis La Maison sous l'eau (2010) et vient de terminer le documentaire Despo, Labros, Spyridoula et Papandreou, portrait d'une famille atypique grecque en temps de crise.
Red Rose est son cinquième long-métrage.


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