UNE PROMESSE

UNE PROMESSE
17.04.2014

à l’issue de la séance , rencontre avec Patrice LECONTE, réalisateur


Entretien avec Patrice Leconte

Comment vous est venue l’idée d’adapter cette nouvelle de Stefan Zweig ?
C’est Jérôme Tonnerre, ami et co-scénariste de plusieurs de mes films, qui m’a conseillé de lire Le Voyage dans le passé, car il y voyait des choses susceptibles de m’intéresser. Quelques jours après avoir refermé le livre, j’ai réalisé que l’histoire s’était installée dans un coin de ma tête. En fait le roman véhiculait des sentiments, des émotions qui me touchaient infiniment. J’ai donc rappelé Jérôme pour lui dire que son conseil de lecture avait fait son chemin et que j’avais très envie de l’adapter
avec lui pour le cinéma.

Avez-vous un attachement particulier à cet auteur ?
Même si c’est un auteur que j’aime beaucoup, ce n’est pas mon auteur de chevet et je ne me suis jamais dit qu’un jour je rêverais de porter une de ses œuvres au cinéma. Un livre qu’on se propose d’adapter, c’est comme une porte qu’on entrebâille : on entrevoit alors un chemin possible. Et comme toutes les choses qui me sont arrivées dans ma carrière, la rencontre avec ce livre fut à la fois fortuite et déterminante car il
faisait écho, à ce moment-là, à des émotions qui me parlaient.

Qu’est-ce qui vous interpellait particulièrement dans cette histoire ?
Ce n’était pas tant la question de savoir si l’amour résiste au temps mais si le désir amoureux peut durer au-delà des années. L’idée de se déclarer et de se promettre de s’appartenir plus tard avait quelque chose de vertigineux. Et sentir qu’au dessus de la tête de ces personnages, planait un désir amoureux fort et non dit me transperçait d’émotion.

Pensez-vous que ces sentiments de retenue sont liés à une époque ?
Non. En tout cas, je n’ai pas appréhendé cette question à la manière d’un historien. Comme un homme, je me suis projeté, identifié aux personnages et j’ai pu ressentir physiquement ce sentiment.
Le film se déroule en Allemagne et commence en 1912. Pourtant, les tensions extérieures ne sont pas si palpables. Était-ce un parti pris ?
Absolument. Le film a beau être très ancré en terme de géographie et d’histoire, je ne voulais pas que cette guerre qui, en 1912, grondait comme un très mauvais orage, prenne le pas sur ce qui me semblait être le plus important : les sentiments qui unissent les deux personnages. Ils évoluent dans une bulle sentimentale qui semble les anesthésier de tous les événements extérieurs. Mais je n’ai rien inventé car Zweig ne raconte pas plus la montée de la Première Guerre mondiale dans son roman que nous l’avons fait dans le film.

D’une manière générale, votre adaptation est-elle fidèle à l’œuvre ?
L’esprit de Zweig est là et les enjeux émotionnels sont ceux du livre. Mais adapter une œuvre, c’est l’adopter. Pour cela, il faut s’y projeter et inventer. Au-delà de toutes les idées narratives qui nous sont venues, la seule adaptation singulière était la fin. Zweig étant un écrivain et un homme très pessimiste (son suicide l’a prouvé), il a conclu cette œuvre par une fin extrêmement désenchantée. Dans le livre, quand Charlotte et Friedrich se retrouvent, ils sont comme deux étrangers. C’est l’hiver, le désir s’est étiolé et leur amour est glacé. Au cinéma, sans vouloir faire une happy end, il fallait qu’il y ait, dans leurs retrouvailles, un petit coin de ciel bleu, un espoir pour après.

Note d’intention
LE DÉSIR AMOUREUX
La nouvelle de Stefan Zweig (ou court roman) est une merveille de concision, comme si l’auteur avait eu à cœur de se débarrasser de tout ce qui ne nourrissait pas directement l’histoire et les sentiments véhiculés par celle-ci. L’adaptation que nous avons écrite, avec Jérôme Tonnerre, respecte cette volonté de s’en tenir à l’essentiel, pour que chaque scène
vibre de quelque chose de secret, de non dit, et d’aveuglant.
Il n’est question que de sensualité et de désir. Aimer sans savoir si l’on a une chance d’être aimé en retour. Rêver sans pouvoir exprimer son rêve. S’en tenir au secret. Mais vivre et se nourrir de regards, d’effleurements, de frôlements interdits. Filmer la peau, l’envie d’une caresse... Le roman de Zweig pose une question magnifique : est-ce que le désir amoureux résiste au temps ?
En abordant ce nouveau film, je savais à quel point mon attention serait mobilisée à chaque instant pour exprimer ces «petits riens qui nous transportent». Être au plus près des personnages, de leurs tourments, des enjeux émotionnels très forts que Zweig décrit si bien. J’ai été heureux de tourner un film dans lequel les silences ont autant d’importance que les mots, un film peu bavard, mais où tout est dit.
Une dernière chose, importante : le choix de l’anglais.
Il aurait été stupide de tourner ce film en français, car il est ancré dans une réalité allemande très forte et un contexte historique très précis (la veille de la Première Guerre mondiale). Pendant un temps, pour respecter au mieux l’esprit de Zweig et ce qu’il avait écrit, j’ai imaginé tourner UNE PROMESSE en allemand. Mais, d’une part, c’est une langue que je ne pratique nullement, d’autre part, n’est-il pas absurde qu’un cinéaste français aille tourner en Allemagne et en allemand un film adapté de Stefan Zweig ?
Alors, sur les conseils de la production, nous avons opté pour l’anglais, dont les vertus internationales ne sont plus à démontrer, et qui permet à Antoine de dire « I love you » à Cléopâtre, ou à Freud de saluer Jung par un « How are you ? » dont personne ne s’émeut.
PATRICE LECONTE


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