L'HOMME QUI RIT

L'HOMME QUI RIT
08.01.2013

rencontre, à l’issue de la projection, avec Jean Pierre Améris, réalisateur


En pleine tourmente hivernale, Ursus, un forain haut en couleurs, recueille dans sa roulotte deux orphelins perdus dans la tempête : Gwynplaine, un jeune garçon marqué au visage par une cicatrice qui lui donne en permanence une sorte de sourire, et Déa, une fillette aveugle. Quelques années plus tard, ils sillonnent ensemble les routes et donnent un spectacle dont Gwynplaine, devenu adulte, est la vedette. Partout on peut voir « L’Homme qui Rit » ; il fait rire et émeut les foules. Ce succès ouvre au jeune homme les portes de la célébrité et de la richesse et l’éloigne des deux seuls êtres qui l’aient toujours aimé pour ce qu’il est : Déa et Ursus.

Entretien avec Jean-Pierre Améris

Pourquoi avoir eu envie d'adapter L'homme qui rit de Victor Hugo ?
L’Homme qui Rit, j’ai l’impression d’y avoir toujours pensé. Toute ma vie, sans me le formuler aussi précisément, j’ai flirté avec le rêve de l’adapter un jour, jusqu’à sentir que j’étais prêt.
Le récit de Victor Hugo est tellement complet qu’il permet de parler de l’intime, de la différence physique, mais aussi du social.
C'est un choc de mon enfance puisqu'il y avait eu un feuilleton à la télévision en 1971, en noir et blanc, réalisé par Jean Kerchbron. J'avais 10 ans et je n'avais pu en voir qu'une partie car mes parents m'avaient envoyé me coucher parce que ça faisait un peu peur. Cinq ans après, je lis le roman et je suis passionné et bouleversé par le personnage de Gwynplaine auquel je m'identifie. A cette époque, j'étais un adolescent très complexé, je faisais deux mètres, j'avais droit à de nombreux quolibets sur ma taille. De voir ce personnage différent des autres, et de le voir trouver sa place dans le théâtre, comme moi j'ai trouvé ma place dans le cinéma, ça m'a bouleversé. Après j'ai relu le roman une dizaine de fois et après chaque film je me disais : "est-ce que je me lance dans son adaptation ?". J'ai essayé de le faire il y a dix ans et je n'ai pas trouvé de producteur. En 2006, un producteur m'a demandé quel film j'aimerais le plus faire dans ma vie, c'était L'homme qui rit, et il m'a dit : "on y va".

Avez-vous pris des liber­tés vis-à-vis de l'œuvre ori­gi­nale ? Pourquoi ?
C'est un roman foi­son­nant, de 750 pages, qui a pour par­ti­cu­la­rité de comp­ter de nom­breuses digres­sions his­to­riques, poé­tiques et phi­lo­so­phiques. Mon parti pris d'adaptation – une adap­ta­tion n'étant pas une illus­tra­tion de l'oeuvre ori­gi­nale, mais une trans­po­si­tion — a été de ne pas perdre de vue le per­son­nage de Gwynplaine, ce qu'Hugo fait sou­vent. Et d'enlever l'aspect de recons­ti­tu­tion his­to­rique, pour en faire un conte intemporel.
A ma manière, je suis quand même resté fidèle à l'esprit hugo­lien. Dans le film, beau­coup de dia­logues d'Ursus sont ceux écrits par Victor Hugo. Le for­mi­dable dis­cours poli­tique de la fin, qui parle de l'épuisement des pauvres et même de "chô­mage", n'a pas été tou­ché non plus ! Le livre a été écrit en 1866, mais on se retrouve encore aujourd'hui dans Gwynplaine, dans Ursus – et sa des­crip­tion de la société était pro­pre­ment vision­naire. Sur les appa­rences, le miroir aux alouettes de la célé­brité, les canons de beauté qui imposent de res­sem­bler à ceci ou cela...

On retrouve dans le film l'un de vos thèmes de prédilection, celui de la différence...
Je fais toujours des films sur les gens qu'on met de côté, sur les marginaux, les inadaptés. C'est mon expérience de la vie qui me pousse à m'identifier à ces gens avec le désir de les mettre au centre de l'écran. Là, en plus de ça, il y a la question de la différence physique mais aussi la question de l'identité et de la place dans le monde. Moi j'ai eu une chance folle, ça m'a sauvé à l'adolescence d'avoir trouvé ma passion pour le cinéma. J'étais devenu celui qui filme un peu comme Gwynplaine à un moment donné trouve sa place sur les planches. Tout le malheur du personnage vient du fait que, par besoin de reconnaissance, il veut aller dans ce qu'il croit être le monde réel qui est plus cruel que le monde du spectacle.



Bio. express
A peine sorti de l'IDHEC, Jean-Pierre Améris réalise trois courts métrages en 1987 dans sa ville natale dont un, « Intérim » qui est honoré d'un prix l'année suivante au Festival de Clermont Ferrand.
Il attend encore cinq ans avant de pouvoir réaliser son premier long métrage « Bateau de mariage ».
Déjà l'Europe est convaincu par son talent puisqu'il est nominé dans plusieurs festivals et gagne le prix de la Jeunesse au Festival de Tübingen.
Il alterne fictions et documentaires jusqu'en 1996 où il propose « Les Aveux de l'innocent » qui reçoit plusieurs prix au Festival de Cannes dont le Prix de la Semaine de la critique, le Prix de la Jeunesse et le Grand Rail d'or.
En 1998, il réalise « Mauvaises fréquentations » interprétées magnifiquement par Maud Forget et Robinson Stévenin. Le film reçoit le Prix de la Mise en scène à San Sebastian.
Améris enchaîne par la suite plusieurs films comme « C'est la vie » avec Sandrine Bonnaire et Dutronc puis « Poids léger » en 2003, adaptation d'un roman d'Olivier Adam. Cette dernière expérience lui a plu. Transformer un roman en film est une tâche ardue et Améris aime la complexité.
En 2006, il met au goût du jour un livre d'Anne Wiazemsky, « Je m'appelle Elisabeth », joué par Yolande Moreau entre autres.
Petit à petit, Jean-Pierre Améris monte dans le monde du cinéma et laisse une trace bien distincte pour les futures générations.
En 2010, il réunit un duo singulier, Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré dans « Les émotifs anonymes ».
C’est avec un très grand plaisir que nous recevons Jean Pierre Améris, pour la quatrième fois, dans nos salles.


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