LES ÉTOILES RESTANTES

LES ÉTOILES RESTANTES
27.04.2018

séance suivie d’une rencontre avec Loïc PAILLARD, réalisateur ET L’ÉQUIPE DU FILM.


Pour son premier long-métrage, le réalisateur Loïc Paillard nous offre un joli cadeau tombé de nulle part, une douce friandise pleine de poésie, d’humour et de tendresse. Philosophie sur la vie et ses petits tracas et drôlerie légèrement ubuesque s’entremêlent avec charme dans cette comédie dramatique à échelle humaine, animée par une bienveillance revigorante et un regard doux qui n’est pas sans rappeler le Klapisch des débuts.

ENTRETIEN AVEC LOÏC PAILLARD

Les personnages des Étoiles Restantes dialoguent beaucoup mais ne savent pas communiquer. Joli paradoxe
Je suis quelqu’un d’assez littéraire, j’aime les belles phrases même si  elles ne sont pas forcément celles que les gens se disent au quotidien.  La profusion de dialogues des Étoiles Restantes vient sans doute de là.  Mais cela correspond aux personnages : ils sont décalés dans leur  rapport aux autres, se loupent parfois. Cela contribue à une certaine  licence poétique du film, qui pour autant se déroule dans un contexte très réaliste, d’une recherche d’emploi à un rapport père-fils. Elle permet de  contrebalancer des contextes qui dans la réalité sont violents, de la difficulté  de trouver un emploi à une mort annoncée. Je tenais à aborder ces sujets mais en les compensant par une forme d’onirisme. Cette combinaison m’autorisait à rendre les personnages plus sincères qu’ils ne seraient au naturel. Un recruteur ne répondrait sans doute pas à un candidat ce que Mr  Beydon  dit à Alexandre. Pourtant, ça me plait d’imaginer que certains puissent le penser face à un jeune qui débarque sur le marché du travail. J’ai juste poussé un peu plus le curseur vers l’absurde, parce qu’un personnage décalé dans une situation réaliste est toujours plus intéressant.

Avec Manon,  apparaît  une idée en filigrane : celle de soigner les gens, que ce soit physiquement ou moralement. Le sens du décalage dont  vous  parlez n’est jamais utilisé contre les personnages mais avec bienveillance à leur égard.
Cette histoire-là pourrait être racontée sur un ton plus sombre, plus brutal, mais je suis convaincu qu’il est plus facile de faire passer ces sujets-là par l’humour ou la tendresse. En tous cas les films qui le font me touchent bien plus que ceux qui sont plus frontaux. Qui plus est, j’ai le souvenir d’avoir vécu la période où mon propre père était malade dans une ambiance très douce. Bien sûr il y a eu des moments durs, tristes, mais aussi ceux où on s’est vraiment marrés. Dix ans après, c’est  ce qui a resurgi pendant l’écriture du scénario. Cette manière dont on ne retient finalement  d’une phase difficile que l’essentiel : ces moments de vie assez joyeux où l’on a profité l’un de l’autre, qui rendent les moments douloureux plus futiles. Du coup je ne voulais pas que « Les Étoiles Restantes » soit un film triste, mais, sans négliger cette tristesse, qu’il soit porté par des  émotions. La bienveillance dont vous parlez vient du fait que durant ma propre expérience, la  plupart des gens ont été bienveillants avec moi. C’est d’ailleurs pour cela que je n’ai pas filmé  la mort du père d’Alexandre, on sait qu’elle va avoir lieu, mais l’important c’est ce que lui  retire de cette étape comment elle va le pousser à vivre plus pleinement qu’avant.

Ce récit là aurait pu se concentrer sur Alexandre et son père, pourtant Les Étoiles Restantes reste  un film choral, presque générationnel ?
Certains rôles, comme celui de Loris, ont vraiment été pensés comme une globalité : son histoire finit par rejoindre celle d’Alexandre, elle n’est pas juste qu’un récit parallèle. D’autres,  comme Mr Beydon, étaient bien plus accessoires initialement. Mais en répétant avec les comédiens je les trouvais tellement bien que j’ai voulu qu’ils soient plus présents et ai étoffé leurs personnages. L’aspect générationnel n’était pas intentionnel, mon point de départ était  avant  tout l’histoire entre un père et un fils. Pour le coup c’est la réalité contemporaine qui a rattrapé le film en parlant, malgré moi, de toutes les galères que rencontrent les trentenaires aujourd’hui. C’était probablement bien plus simple pour le père d’Alexandre quand il avait son âge, que ce soit pour trouver du boulot ou rencontrer quelqu’un. Le plus étrange reste que je  me suis inspiré de ma propre vie il y a dix ans. A croire que les choses n’ont pas vraiment évolué.

Les personnages féminins semblent néanmoins plus à l’aise dans leurs vies qu’Alexandre ou  Loris.
C’était déjà ça dans mes courts métrages : ce sont elles qui débloquent les situations. J’ai cette image là des femmes. Sans doute parce que dans ma  vie, elles m’ont poussé, fait évoluer, sauvé... Pour moi elles sont salvatrices.  De plus Manon est la seule chose du film qui ne soit pas basée sur une part  d’autobiographie ou inspirée par l’histoire d’amis ou de proches. C’est un  personnage purement fantasmé, issu de mon goût pour le romanesque ou  le romantisme. J’avais besoin d’elle pour que le film ne sombre pas dans une vision misanthrope du monde.

Les Étoiles Restantes est d’ailleurs, en dépit de sa situation de départ, un film optimiste.
Mais je suis foncièrement optimiste (rires) ! Ce n’est pas un film sur quelqu’un qui meurt mais sur ceux qui restent. Oui, ce père va disparaître,  mais avant il aura eu le temps de pousser son fils à ne plus avoir peur de  vivre et d’aller vers les autres. C’est un film sur un nouveau départ pour  Alexandre. Comme pour Loris : il passe son temps à vouloir écrire une  méthode pour réussir sa vie, mais la réalité est toute autre. Dans la vie il n’y  a pas de mode d’emploi, les épreuves qu’elle nous fait traverser sont nécessaires pour parvenir à s’épanouir.

La distribution en salles des Etoiles Restantes se fait sur un mode peu courant. Pourquoi ce choix ?
Lorsque l’on a terminé le film, on s’est confronté à la « jungle » de la distribution. Chaque semaine, les films doivent mener un vrai combat pour sortir. Les distributeurs sont nombreux,  certains ne trouvent pas de salles pour les films. Pour eux, il est devenu très difficile de prendre des risques.En suivant la logique de création des « Etoiles Restantes » Filmarium et Picseyes pouvaient imaginer financer la sortie du  film en salle.  Nous avions fabriqué le film en toute  indépendance, nous allions le sortir de la même façon, en travaillant sur la durée grâce à la motivation de toute notre équipe et avec l’aide d’exploitants passionnés, ravis d’aider de jeunes cinéastes. Cette logique de distribution « artisanale » nous a fait croiser le chemin de Tprod  Distribution et nous a permis d’envisager une co-distribution. En mutualisant nos moyens,  nous pouvions envisager une sortie France plus étendue.


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