LES GRANDES ONDES

LES GRANDES ONDES
23.04.2014

séance, suivie d'une rencontre, avec Lionel BAIER, réalisateur


Dans «les Grandes Ondes», une équipe farfelue de journalistes suisses découvre le Portugal pendant l’insurrection d’avril 1974.

On le sait depuis longtemps, soit probablement dès le premier fanzine de Gutenberg, les instances qui gèrent les médias, et en particulier les moins journalistes d’entre elles, nourrissent toujours leur petite idée autoritaire sur la manière la plus juste d’informer. Aussi, au printemps 1974, le directeur des programmes de la radio suisse romande essuie-t-il de fermes remontrances. On lui assène que les auditeurs attendent de leur poste qu’il leur parle d’autre chose que de crises monétaires ou de risques nucléaires. Ceux-ci n’aspireraient en effet qu’à des programmes positifs et patriotiques, «le portrait d’un berger d’alpage vu par son chien», par exemple. Est alors dépêchée au Portugal une équipe composée d’un technicien semi-retraité, d’une jeune journaliste ambitieuse et d’un grand reporter au cerveau vaguement carbonisé par la rencontre avec un éclat d’obus, lointains cousins helvètes du Ron Burgundy inventé par Will Ferrell aux Etats-Unis.

Libertaire. Chargée de documenter les bienfaits de la coopération lusitano-suisse, cette équipée un peu branque va, alors que son reportage patine sec, se trouver prise dans l’élan émancipateur d’une nuit de révolution où s’affaisse la dictature de Salazar. Leurs déboires composent les Grandes Ondes (à l’ouest),tendre comédie libertaire remarquablement interprétée et signée Lionel Baier. Ce quatrième long métrage, il l’a conçu, dit-il, comme un «hommage» autant à l’idéal européen qu’à ses camarades de classe issus de l’importante expatriation portugaise en Suisse, fréquentations d’écolier «à qui [il] doit d’avoir réalisé, enfant, que la démocratie et la liberté ne vont pas de soi».

Or, un sinistre hasard calendaire fait paraître son film dans les salles françaises seulement trois jours après la votation d’un texte isolationniste, initiative de la droite populiste suisse contre l’immigration et la libre circulation des Européens dans la confédération. Ce n’est, et de loin, pas le seul pan de notre présent auquel fait écho le film de Baier, comédie costumée qui, sous sa jubilation sensible à se parer du décorum seventies, travaille au feu nourri de ses résonances actuelles. Ici en faisant citer du Henri Guaino avant la lettre à un esclavagiste portugais, là dans un épilogue qui raccordera sèchement l’embardée libertaire de la «révolution des œillets» sur les manifestations anti-austérité d’aujourd’hui, dans une collure un rien saumâtre. Bien sûr, tout cynisme à part, se livrer à un tel éloge béat de la liberté démocratique peut sans doute paraître, pour quelque temps encore, un rien moins osé que de proposer au public d’art et d’essai une apologie de la tyrannie et de la torture.

Gags discrets. Par-delà son ambition trop rare d’accorder la comédie francophone à un réel souci d’élégance de l’écriture et de la mise en scène, l’aspect le plus attrayant du film tient donc à sa façon d’administrer cette liberté à lui-même, à sa forme et à ses personnages. Notamment lorsque son intrigue, tissée de jolis gags discrets et de frictions plus frustes entre la figure de féministe et les phallocrates du trio, finit par dérailler en chorégraphie colorée dans un Lisbonne en liesse. Une scène dont la réussite est à la mesure de son caractère risqué, et qui scande mieux qu’aucune autre, dans cette très attachante farce politico-mélancolique, l’aspiration profonde à la libération des corps et des esprits.

«les grandes ondes»: la révélation des œillères


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