MILLEFEUILLE

MILLEFEUILLE
13.06.2013

rencontre avec Nouri BOUZID, réalisateur à l’issue de la séance


Chaque film de Nouri Bouzid, l’un des doyens du cinéma tunisien, est un mini évènement. Intervenant dans un contexte socio-politique troublé, « Manmoutech »(MILLE FEUILLE) était très attendu. A 68 ans, le cinéaste signe sans doute là une œuvre maîtresse.

Depuis novembre 2012 et un incident technique ayant repoussé sa projection en marge de la 24ème compétition des JCC, le film de Nouri Bouzid, connu aussi sous les noms français "Beautés Voilées" et "Millefeuille", n’avait cessé de susciter la curiosité des Tunisiens.

Après une salle archi-comble lors de l’avant-première, l’intérêt pour le long-métrage reste intact, d’autant que jusqu’au 25 mars courant, date de sa programmation tardive dans les salles de la capitale, le revoir à l’affiche demeurait incertain.

 
Un thème gageure

C’est que si les évènements de la révolution de 2011 constituent le background, fil rouge du récit, le port du voile reste le thème central du film.

La recrudescence du voile dans le paysage social tunisien devenait déjà un quasi tabou lors des années de fin de règne du régime Ben Ali. Au lendemain de la révolution, le sujet reste épineux. Associé à une liberté de culte retrouvée, sa critique, même à l’abri de tout essentialisme, est délicate en ce qu’elle rappelle l’autoritarisme faussement laïque des années de braise.

Mais il en faut plus pour intimider l’expérimenté Nouri Bouzid qui s’empare de la question à travers un regard croisé sur deux itinéraires : deux personnages aux prises chacune à sa façon avec le joug du patriarcat.

 
Un message polysémique

Véritable révélation, Souhir Ben Amara livre une performance époustouflante dans le rôle d’Aïcha. Complexe, son personnage sert le scénario en vulgarisant une idée subtile : tout patriarcat ne réside pas simplement dans le souhait de voiler les femmes.

Sous la double pression d’un compagnon séduit par le salafisme et d’un patron exerçant un chantage pour la « dévoiler », sa décision d’abandonner le hijab découle d’une forme de révolution intérieure, pied de nez aux tirs croisés machistes.

Sans grande prétention en termes de budget, le film brille par une technique maitrisée, voire une maestria à l’œuvre via une caméra très mobile, en harmonie avec le rythme haletant de sa toile de fond : la Kasbah 1 et 2.

 
Le metteur en scène fait même une courte apparition dans son propre film, un parti pris artistiquement audacieux qui tend à illustrer l’importance pour lui de cette œuvre clé, s’agissant de l’engagement de l’homme de gauche Bouzid, ex perspectiviste.   

« Manmoutech » a d’ores et déjà remporté le prix de la meilleure mise en scène au festival du film d’Abou Dhabi.



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