SE BATTRE

SE BATTRE
14.03.2014

rencontre, à l’issue de la séance, avec Jean-Pierre DURET, réalisateur


« Se battre », un film qui rend hommage à ceux qui luttent pour survivre.

Aujourd’hui, pour plus de 13 millions de Français, la vie se joue chaque mois à 50 euros près. Derrière ces statistiques, se livrent au quotidien des combats singuliers menés par des hommes et des femmes qui ont la rage de s’en sortir et les mots pour le dire. À leurs côtés, des bénévoles se donnent sans compter pour faire exister un monde plus solidaire.

Il y a dans ce film ce que nous sommes, ce qui nous anime en tant que citoyens et cinéastes.
Nous sommes arrivés à Givors en novembre 2011 pour ouvrir le chantier du film. Pourquoi Givors? C’est une ville moyenne de 20000 habitants, sise entre le Rhône et le Gier, adossée à la campagne et traversée par l’autoroute qui de Lyon conduit à Saint-Étienne. Elle fut une grande ville ouvrière, son bassin industriel a créé beaucoup d’emplois et attiré nombre d’immigrés venus de toute part. Et puis tout s’est écroulé très rapidement, il n’y a pas si longtemps.
Givors nous semble être emblématique d’une histoire telle que la connaissent une grande majorité de français.
Les personnes que nous avons filmées sont quelques unes parmi les millions qui, dans notre pays, ont des fins de mois difficiles, qu’elles aient un travail ou non.
Ce n’est pas un film sur la précarité ou la pauvreté. C’est un film fait avec des êtres qui traversent cette précarité dans la banalité du quotidien, du chômage, de la survie ou du travail mal payé. Ils sont le paysage à découvrir avec leur vitalité, leur détermination à vivre, leur culture de résistance. En effet, ce n’est pas parce qu’on est pauvre, qu’on est dénué de parole, de rêves, de sentiments, ou qu’on n’est pas dépositaire de mémoire et d’envie de transmettre à ses enfants l’idée d’un monde meilleur.
Nous sommes en train d’accepter petit à petit en France l’idée d’une société à deux vitesses, entre ceux qui ont plus au moins, et ceux qui n’ont plus.Mais être pauvre aujourd’hui chez nous, c’est aussi ne plus être entendu, ne plus être vu ou regardé, c’est se cacher, se taire, et subir un vrai racisme social. Tous ces mots par lesquels on les stigmatise, assistés, déclassés, et tant d’autres qui font mal, provoquent ainsi chez eux un sentiment de culpabilité, tout en les séparant de plus en plus de nous.
Filmer, c’est prendre soin de l’autre. Chacun de nous construit sa vie en se confrontant aux regards des autres. Si ce regard n’existe plus, la vie s’arrête.
C’est pourquoi nous voulions aussi rendre hommage au travail des bénévoles des associations d’entraide, une véritable armée de l’ombre, qui aux côtés des plus démunis essaye de ne pas les laisser seuls. L’évidence avec laquelle certains êtres aident les autres, leur don de soi, est quelque chose d’admirable.
Nous avons eu le sentiment de filmer à Givors la substance d’un pays, sa moelle. Nous avons rencontré le peuple français tel qu’il est tel et tel qu’il maintient vive sa culture de résistance et de générosité, sa part de singularité.
A condition de lui prêter attention. A condition de le considérer et ne pas le laisser dans la solitude.
Jean-Pierre Duret et Andréa Santana



Ce film rend compte de la précarité, de la pauvreté que subissent beaucoup de nos concitoyens, sans que les médias ne s’en fassent souvent l’écho, sauf pour se donner un peu bonne conscience. Là, les cinéastes ont passé du temps auprès des habitants de Givors (Rhône) qui galèrent au quotidien, et ils ont capté leur parole.
« Des scènes très touchantes rendent compte de la souffrance sociale au-delà de tout discours, de toute démonstration : une femme se rend chaque jour auprès du Gier, la rivière qui traverse la ville, donner du pain aux canards, cygnes et ragondins, qui la connaissent et viennent au devant d’elle (elle récupère des croûtons où elle peut). Jadis, elle fréquentait une bibliothèque, mais désormais elle n’y voit plus très bien. Elle n’a pas les moyens d’acheter des lunettes adaptées et ne peut avouer comment elle se nourrit pour survivre : « je suis exclue de tout. Je n’ai plus de petits plaisirs, excepté venir là donner à manger à ces animaux ». Elle a accroché son sac rempli de pain sec à des petites branches d’un arbre. Pour le récupérer, elle va mettre beaucoup de temps, tellement elle veut protéger ces petites branches, ces petites feuilles. Cette scène, prise sur le vif, est totalement inattendue. Aucun scénario ne pourrait l'envisager : on retient son souffle, à regarder cette femme, toute remplie de respect, de délicatesse, pour ce qui l’environne : ces animaux sauvages, cet arbre. Elle qui a pensé se jeter dans cette rivière pour s’y fondre définitivement. Ne faire de mal à personne, juste disparaître. »
« La projection terminée, on éprouve de la colère. Contre un système qui jette sur le pavé tant de gens qui se taisent, contre ceux qui déversent à longueur de journée, dans les média, des politiques ou des « experts », leur mépris à l’encontre de ces misères et de ces parias qui, pourtant, se battent pour survivre. Car ils se battent au quotidien, à leur manière, pas de façon tonitruante, pas un combat public, mais une bataille de tous les instants, cachée, isolée. Et l’on vient à se demander, alors que l’on bénéficie d’un certain confort, où trouvent-ils, eux, les ressources de leur combat ? »
Ils refusent de se laisser abattre, ils sont condamnés à l’espoir : « Plus tu pleures, plus tu ramasses la misère. Quand tu ne pleures pas, la misère ne vient pas ».
Une femme qui nous livre tout son malheur en nous confiant : « Je suis née toute seule ».


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