UNE ENFANCE

UNE ENFANCE
23.09.2015

Rencontre avec Philippe CLAUDEL, réalisateur, à l'issue de la projection .



Au cours d’un trop long été, Jimmy, un enfant de 13 ans que les circonstances forcent à devenir trop vite adulte, se cogne aux limites de sa petite ville et de sa vie heurtée, entre une mère à la dérive et un beau-père qui la tient sous sa coupe.

L'auteur et cinéaste présentera le 23 septembre à 20h30 à Cinémassy, avant la séance de 21 h, « Une enfance » son dernier film tourné à Dombasle-sur-Meurthe où il vit. Un long-métrage sauvage, troublant servi par des acteurs poignants.

Vous tracez le portrait de Jimmy, un gamin de 13 ans, qui en fait un peu moins, qui retrouve Pris sa mère, dont il a été séparé. Il est confronté à Duke, le compagnon de Pris, beau mec dangereux et violent, fin comme une lame…
Jim est dans un temps de l’enfance, où on est normalement protégé par son entourage, où on a le droit de vivre les expériences de son âge. Lui, c’est tout le contraire, il est plus adulte que les adultes, s’occupe de son frère, fait les courses, s’occupe de sa mère. Les adultes sont des ados à la dérive qui ont grandi hors des responsabilités.

Il ne s’entend pas avec son beau-père, une sorte de rage sourde vit en lui et vous le filmez dans l’ennui d’un été à Dombasle, entre cités ouvrières et nature vierge. À chaque plan, la tension est palpable, même quand il y a de la tendresse ou de l’humour.
Jimmy assiste à la dérive des adultes, impuissant. Il est sur un fil, de quel côté va-t-il tomber ? Pris et Duke estiment qu’ils n’ont pas la vie qu’ils méritent. Tout cela flotte dans l’alcool, la drogue, le désœuvrement et la petite délinquance. Pris attribue à ses deux garçons, le fait d’avoir gâché sa vie. Pourtant elle les aime, à sa façon.

Elle a parfois une attitude ambiguë, oubliant qu’elle est maman ...
Dans son rapport au corps, à l’intimité et à la pudeur, elle oublie qu’elle est une femme, parfois à demi dévêtue, devant son fils qui est un garçon. On n’est pas dans l’inceste, mais face à un personnage qui n’a pas compris ce que voulait dire être mère. Pour Jimmy, qui a été séparé de Pris et élevé chez sa grand-mère, réapprendre à vivre avec elle, c’est aussi se confronter à un corps d’un sexe différent.

Duke, joué par Pierre Deladonchamps, est capable d’être violent, y compris dans les mots. C’est un petit caïd de quartier.
Il se fait appeler Duke, c’est dire… Il exige qu’on s’occupe de lui, il a envie d’être respecté. C’est un peu l’intelligence du mal, capable même d’humanité. Duke a l’accent de cette banlieue nancéienne où je vis toujours. Pierre Deladonchamps a passé son enfance dans les mêmes lieux, il a su immédiatement retrouver le ton juste, les postures, les expressions. Il peut tout jouer, il est impressionnant, comme un couteau, un serpent, un squale.

Tous les marqueurs qui datent un film ont disparu. Pas de portables, pas de marques de vêtements, ni d’indicateurs de consommation. On pourrait être partout dans une cité ouvrière, mais c’est tout de même Dombasle avec des particularités.
Les décors du film sont tous à 200 ou 300 mètres l’un de l’autre, avec cette intrication constante entre campagne et espaces industriels. Le cinéma c’est quelque chose qui cadre, et qui peut exhiber de la beauté même où on ne l’attend pas, avec le barrage, l’Île aux corbeaux, la nature où Jimmy s’évade.

Le vélo, avec lequel Jimmy et son frère s’évadent, est presque un personnage, pour ce petit cow-boy de banlieue.
C’est un avatar du cheval de cow-boy. En pédalant, il est vite ailleurs, bouge, s’immerge dans un lieu apaisant, qui lui donne accès à un monde plus grand et réconfortant.

Comment fait-on travailler des enfants dans un tel contexte tendu ? Quels ont été les écueils à franchir pour Alexi Mathieu et Jules Gauzelin, qui joue son demi-frère ?
Quand les enfants ont rencontré les acteurs pour la première fois, nous avions fait une séance de lecture autour d’une table et cela ne s’est pas bien passé. Ils riaient, n’étaient pas concentrés. Mais ensuite devant la caméra, ils ont compris la précision du cinéma, la discipline, et ont été vraiment formidables. Je reste en contact avec Alexi.

Pris, jouée par Angelica Sarre, va au bout de son rôle. Tantôt belle et désirable, tantôt enlaidie par l’alcool, la fête, l’héroïne.
Elle n’hésite pas à se mettre en danger. Contrairement parfois aux jeunes actrices, qui ont peur pour leur image. Elle joue un personnage complexe de grande ado perdue, sous la coupe de son mâle, entre violence et attirance sexuelle.

En rupture formelle radicale avec « Avant l’hiver », votre avant dernier long métrage, « Une enfance » change aussi de format, et a été tourné avec une équipe légère en 1/85e , vous cherchiez plus de liberté qu’en cinémascope ?
Je travaille toujours en réaction par rapport à ce que j’ai fait. Et je voulais retrouver la liberté des courts-métrages, mais avec le professionnalisme d’une vraie équipe. Plus on est léger, plus on est libre, l’énergie est décuplée. C’est un film important pour moi, peut-être le plus maîtrisé.

D’autres projets, littéraires notamment ?
Un roman en janvier 2016, qui s’appellera « L’arbre du pays Toraja ». Je viens de terminer le manuscrit.

Philippe Claudel

Philippe Claudel est né en 1962 en Lorraine où il réside toujours.
Après des études de littérature et de cinéma, il enseigne dans différents établissements (collèges et lycées, prisons, hôpitaux, établissement pour jeunes handicapés) avant d’être nommé maître de conférences à l’université de Nancy 2. Il a publié à ce jour une trentaine de livres dont les principaux sont traduits dans une quarantaine de langues.
Parmi eux, Les âmes grises, Prix Renaudot 2003, La petite fille de Monsieur Linh, Prix Européen Euregio 2006, Le Rapport de Brodeck, Prix Goncourt des lycées 2007.
Philippe Claudel est élu à l’académie Goncourt en janvier 2012.
Filmographie
(Réalisateur)
• 2015 - Une enfance
• 2013 - Avant l’hiver
• 2011 - Tous les soleils
• 2008 - Il y a longtemps que je t’aime
(César 2009 du Meilleur Premier Film / César 2009 de la Meilleure Actrice dans un second rôle pour Elsa Zylberstein / Bafta du Meilleur Film non-anglophone 2009 / 2 nominations aux Golden Globes 2009 : Meilleur Film étranger et Meilleure actrice Kristin Scott Thomas / 6 nominations aux César 2009 : Meilleure actrice, Meilleur film, Meilleur scénario, Meilleure musique Jean-Louis Aubert)
(Scénario)
• 2013 - Avant l’hiver
• 2011 - Tous les soleils
• 2008 - Il y a longtemps que je t’aime
• 2005 -Les âmes grises de Yves angelo
• 2002 - Sur le bout des doigts de Yves angelo
(Théâtre)
• 2010 - Le paquet mise en scène Philippe Claudel
• 2008 - Parle-moi d’amour mise en scène Michel Fagadau
(Télévision)
• 2006 - Collection Maupassant / épisode Miss harriet de Jacques Rouf


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