ALDA ET MARIA

ALDA ET MARIA
18.11.2014

EN AVANT PREMIÈRE NATIONALE EN PARTENARIAT AVEC JEUNES POUR LE MONDE, Dans le Cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale rencontre, à l’issue de la projection, avec Pocas PASCOAL, réalisatrice.


SEMAINE DE LA SOLIDARITE INTERNATIONALE DU 14 AU 22 NOVEMBRE
 EN PARTENARIAT AVEC JEUNES POUR LE MONDE

EN AVANT PREMIÈRE NATIONALE
ALDA ET MARIA


Synopsis
Lisbonne fin été 1980. Deux sœurs de seize et dix-sept ans arrivent d'Angola pour fuir la guerre. Livrées à elles-mêmes, Alda et Maria vont devoir apprendre à survivre sans argent, dans une banlieue grise et polluée de cette ville étrangère. Avec la complicité d'autres Angolais, les deux adolescentes s'organisent une existence précaire. Cet exil va leur apprendre à choisir leur destin en devenant des femmes fortes et dignes…


ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE, POCAS PASCOAL

Un premier film est souvent autobiographique, et Alda et Maria est dédié à votre sœur. Est-ce votre histoire que vous racontez ?
À la fin des années soixante-dix, des centaines d’adolescents, filles et garçons, sont envoyés au Portugal pour échapper au service militaire en Angola. J’ai fait partie de ces adolescents. Ma mère nous a glissé un peu d’argent dans la poche et nous a mises, ma sœur et moi, dans un avion pour Lisbonne. Lisbonne résonnait à nos oreilles comme une promesse de liberté. Nous avions  seize et dix-sept ans et sommes arrivées dans cette ville le cœur plein d’espoir. Nous avons atterri dans une banlieue grise et nous nous sommes retrouvées du jour au lendemain, livrées à nous-mêmes. Oui, je me suis inspirée de cette période de ma vie. Mes personnages Alda et Maria, tout comme ma sœur et moi, traversent les galères de l’exil liées par l’amour fraternel, la complicité et un brin de naïveté.  Enfin, je raconte aussi l’histoire des gens que j’ai croisés ici et là et une réalité qui reste universelle.

On est au début des années 1980, que se passe-t-il alors en Angola ?
1975, l’Angola accède à l’indépendance et entre immédiatement dans la guerre civile sur fond de guerre froide. Chaque faction reçoit des aides militaires extérieures. Cuba et les Russes soutiennent le MPLA (Marxiste) au pouvoir, tandis que les États-Unis et l’Afrique du sud s’allient à l’opposition, l’UNITA. Dans les années 80, l’utopie promise se transforme en cauchemar, les frontières se ferment, hommes et femmes partent au front, la liberté de parole n’existe plus et ceux qui osent émettre la moindre critique du gouvernement en place sont jetés en prison. Ceux qui le peuvent encore, notamment les adolescents mineurs, choisissent de quitter le pays.

Le film débute avec des images d’Epinal du Lisbonne charmant et touristique. Images vite remplacées par une réalité plus âpre : plan d’une usine pétrochimique, cité HLM abandonnée. Où se situe ces quartiers où ont trouvé refuge les clandestins angolais ?
Barreiro est une banlieue, conçue à l’origine pour les ouvriers de ce site industriel de pétrochimie.  La cité de Vale da Amoneira, a émergé de terre avant la révolution des  Œillets (1974), mais la construction n’a jamais été achevée et les immeubles sont restés à l’abandon, sans portes, ni électricité. A la fin des années 70, les Angolais ont commencé à arriver à Lisbonne et se sont installés dans cette cité désertée. On y trouvait aussi des Cap-Verdiens, et les colons Portugais qui ont du quitter l’Angola précipitamment.
Alda et Maria sont confrontées à la misère, au racisme et à l’exploitation, même de la part d’une compatriote immigrée.

Ce n’est pas un sujet que l’on voit souvent à l’écran, mais c’est une réalité, le dernier arrivé, souvent dans la position la plus faible dans un pays inconnu, peut se faire exploiter par un compatriote. Ce sont des faits que j’ai vus. Ces immigrés primo-arrivants apparaissent comme les seuls qui peuvent vous aider, et certains en profitent naturellement. Je me suis inspirée d’un homme que j’ai connu à l’époque. Mais il me fallait un personnage de femme, un personnage de mère en fait, car au début cette couturière est assez maternelle avec Alda et Maria.

Pour autant vous n’avez pas voulu faire  de votre film un manifeste politique, social ou historique.  C’est délibéré, vous aviez identifié des écueils ?
Je n’ai pas voulu raconter l’histoire sous un angle strictement socio-politique mais le film n’est pas exempt de responsabilité politique. Tout est là, mais en filigrane, j’ai surtout voulu raconter l’histoire de deux adolescentes, leur amitié, leur solidarité. On est tout le temps avec elles, c’est leur histoire. Elles découvrent la sexualité, l’amour, grandissent. Evidemment, elles vont voler pour survivre, mais il y a aussi de la légèreté dans leur vie. La plus jeune, Maria, est le personnage qui évolue le plus dans le film, c’est celle qui se tourne vers les autres, alors que l’aînée, Alda, s’enferme pour se protéger. Mon film est avant tout un récit initiatique. Ces deux jeunes filles changent brutalement de milieu social, elles atterrissent dans une banlieue industrielle hostile, et dans le même temps elles se transforment en femmes. C’est ce que raconte le film.

Pourquoi l’aînée, Alda, a une telle envie de rejoindre la France ? Cela peut sembler étonnant de se tourner vers un pays dont on ne connaît pas la langue, au lieu de rester au Portugal ?
Elle est fascinée par cette culture. Quand j’étais petite en Angola, on était émerveillées  par la France. D’ailleurs on pouvait apprendre le français à l’école. C’était un pays qui nous faisait rêver : le cinéma, la mode, la langue, le romantisme. Avec le personnage d’Alda, j’ai voulu aussi insuffler l’amour que j’ai pour la France où je me suis finalement construite.
Au-delà de ce tropisme français, je voulais réaliser un film universel et intemporel sur l'attrait de l'Occident pour des Africains qui fuient la famine ou la guerre. Alda et Maria, c'est aussi une histoire d'immigration qui pourrait tout à fait se dérouler de nos jours. Même si actuellement c'est l'Angola qui attire les immigrés, y compris Portugais. Il y a même des queues au consulat à Lisbonne pour les demandes de visa. Mais ce que je montre dans le film reste intemporel.

Pour le tournage, vous avez tourné sur les lieux mêmes ?
Oui, j’ai fait beaucoup de repérages, mais c’était finalement plus simple de retourner là où j’avais vécu. C’était plus facile pour moi.

Parlons aussi de vous, de votre parcours. Où avez-vous appris à faire du cinéma ?
J’ai commencé à aimer le cinéma à la télé angolaise.  Je devais avoir 19 ans quand on a eu notre premier poste à la maison.  En 1984, à peine majeure,  je suis devenue la première femme opératrice de caméra à la télévision en Angola. C’est là que j’ai appris le rapport à l’image et la mise-en-scène. Et dans le même temps, j’ai découvert le cinéma en regardant les films diffusés tous les dimanches dans l’émission de ciné-club. Le cinéma allemand a été une révélation. Le premier film qui m’a fait aimer le cinéma, c’est Les larmes amères de Petra Von Kant, de Fassbinder.  Je ne l’ai pas revu depuis, mais par la suite j’ai découvert le cinéma de Fassbinder et ce qui me fascine chez lui, c’est cette espèce de drame serein… Je pense que c’est quelque chose qui m’est resté : raconter un drame avec une certaine douceur.


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