FLORE

FLORE
24.10.2014

rencontre, à l’issue de la séance, avec Jean-Albert LIÈVRE, réalisateur


Artiste peintre, Flore est atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années. Elle a été “enfermée“ successivement dans deux institutions. Les traitements l’avaient rendue aphasique, muette, elle ne savait plus ni marcher, ni manger, ni sourire. Elle est devenue de plus en plus violente, agressive, “ingérable“.
Pour les médecins, la seule perspective, c’était le placement dans une maison “sécurisée“.
Contre l‘avis général, son fils, Jean-albert Lièvre et sa fille, Véronique, décident de l’installer dans la maison de famille, en Corse, entourée d‘une équipe atypique. Là bas, pas à pas, mois après mois, pendant un an, elle va littéralement revenir à la vie.
Dans le récit d’une renaissance inespérée, on découvre que la terrible maladie d’Alzheimer ne se guérit pas. Mais qu’on peut essayer de vivre avec.


note d’intention JEAN-ALBERT LIÈVRE
Il y a quatre ans sur un parking entre deux avenues à Los Angeles, j’ai rencontré une vielle femme au regard perçant qui vivait seule dans sa voiture. Légèrement démente, elle avait été abandonnée par son mari et ses enfants. J’ai filmé son regard bleu azur et je l’ai écoutée une partie de l’après-midi. Ses conditions d’existence étaient terribles, mais elle était heureuse car libre et au contact de la vie. Souvent je pense à elle.
J’ai eu la chance de passer ma vie à parcourir le monde, la chance de transformer une passion en un métier qui m’a amené à filmer les endroits les plus magnifiques de la planète, à observer toute la faune de notre Terre et à faire des rencontres extraordinaires. Des indiens Chasquis aux guerriers Masai, des astrophysiciens aux artistes peintres, des chefs de gangs aux Maharadjas, j‘ai eu la chance de vivre des moments intenses, uniques, extraordinaires.
Tous ces moments, je les dois à la personne qui m’a dé- posé sur Terre, à celle qui m’a donné l’opportunité de voir, d’entendre, de sentir et d’aimer. Et contrairement à ce que l’on m’a dit un jour, il n’est pas puéril de remercier sa mère pour cela. Chacun a sa vie et dans notre société, il n’y a
pas de place pour ceux qui sont un frein à notre épanouissement personnel, professionnel, sentimental ou autre.
Pourtant notre société protège la vie à l’extrême, elle met tout en œuvre pour prolonger l’existence le plus longtemps possible. Mais à quoi bon si la qualité de la vie n’est pas à la hauteur ?
Pendant trois ans, j’ai réalisé un film très personnel sur ma mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Un témoignage de ses errances parisiennes jusqu‘à son installation en Corse. Personne ne peut savoir ce qui se passe dans le cerveau d’un autre mais je suis certain qu’aujourd’hui maman est heureuse quels que soient ses tourments.
On compte aujourd’hui en Europe 8 millions de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elle touche toutes les catégories socioprofessionnelles et l’on prévoit dans les années à venir une augmentation massive du nombre de malades.
Ce film est un témoignage gai et optimiste, pour dédramatiser cette maladie qui fait peur.

Un témoignage indispensable
Flore est un plaidoyer pour vivre autrement la maladie d’Alzheimer. Au travers d’un récit de vie et d’un combat à la conquête d’une liberté, ce portrait intime d’une femme, semblable à tant d’autres, permet d’envisager sous un angle inédit notre approche de la maladie.
Jean-Albert Lièvre ne s’est pas résolu à la fatalité d’un anéantisse- ment qui trop habituellement impose ses règles et son inhumanité. Dans un acte d’amour ultime et de compassion, il a mobilisé tous les moyens à sa portée afin de proposer un autre destin à sa mère enfermée dans les dédales et l’obscurité d’un monde sans horizon.
Flore restitue sous la forme d’un documentaire à la fois tendre et juste, l’évolution au jour le jour de Flore, avec ces moments incertains et parfois douloureux d’apprentissage, de reconquête et de renouveau.
Il ne s’agit pas seulement de démontrer qu’un environnement aimant, attentionné et compétent contribue à défier la maladie et à inverser les logiques. Mais aussi de donner à comprendre que le regard que l’on porte sur l’autre, trop souvent relégué dans l’exil d’une maladie assimilée à la démence, contribue à retrouver le chemin d’une créativité dont ne soupçonne pas toutes les ressources.
Flore constitue un témoignage fort et bouleversant. Certes, des moyens significatifs sont mobilisés pour servir aux mieux un projet
de vie, mais ce qui apparaît essentiel dans ce message, c’est com- ment l’humanité des présences et l’intelligence des volontés permettent d’envisager des possibles que l’on aurait pu penser hors d’atteinte.Résister au déclin inexorable et au deuil d’une identité que dissipent les brumes de la maladie, c’est adopter la seule position qui vaille afin de ne pas désespérer. D’autres se retrouveront dans ce récit de vie, qui eux aussi, comme ils le peuvent et trop souvent sans disposer des moyens et des soutiens indispensables, ne se sont pas résolus à délaisser l’être cher et l’accompagnent avec dignité.
Flore impose à tous une réflexion politique urgente : quelle sollicitude témoigne-t-on aujourd’hui à ces femmes et ces hommes plus vulnérables que d’autres car entravés dans leur autonomie ? Doit-on renoncer, par négligence, faute d’y accorder l’attention nécessaire et des financements ajustés aux besoins, aux valeurs d’humanité et de justice qui fondent l’idée de démocratie ?
Une concertation s’impose aujourd’hui afin d’inventer ensemble une société qui reconnaisse enfin sa juste place à la personne affectée par la maladie d’Alzheimer comme à ses proches. Flore apporte au débat un témoignage indispensable.
Emmanuel Hirsch Professeur d’éthique médicale, université Paris Sud

“Nous avons toujours aimé défendre des films différents qui apportent un éclairage sur notre société, notre époque.
C’est le cas de Flore. Outre l’émotion qu‘il dégage avec ce témoignage intime et poignant, ce film ouvre la voie à une réflexion plus large sur ce que l’on nomme aujourd’hui le “cinquième risque“, c’est à dire le phénomène de dépendance du 3è et 4è âge. Les chiffres sont là, implacables. Il s’agit d’une réalité qui verra les personnes concernées multipliées par 4 dans les 25 prochaines années. C’est un risque sanitaire, financier, humain, de la plus grande importance.
Au travers du portait intime et du récit de cette expérience inédite et novatrice dans la volonté d’appréhender une personne autrement que sous l’angle unique de la maladie et de la fatalité de fin de vie, c’est toute une série de pistes alternatives qui se dessinent pour aider les proches, qu’ils soient des proches de la famille ou bien des professionnels de la santé.
Jean-Albert Lièvre et les personnes qui ont accompagné Flore ont puisé dans d’autres cultures, offrant un rap- port au temps ainsi qu’une relation aux personnes âgées
différents de ceux auxquels nous sommes habitués. Flore est un bel hommage à toutes les personnes dont c’est le quotidien, que ce soit dans le privé, le cercle familial ou le cadre d’aide à domicile, en Corse ou ailleurs.
Et au delà de ce témoignage, c’est toute la société, toute l’institution qui est questionnée à travers le constat des difficultés vécues, sans culpabiliser qui que ce soit.“


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