L'INTELLIGENCE DES ARBRES

L'INTELLIGENCE DES ARBRES
06.03.2018

séance suivie d’un débat avec Hervé LE BOULER, Responsable Forêts de France Nature Environnement et Conseiller du CESE.


Ils communiquent, s'entraident, savent se défendre aussi. Un forestier allemand, dont le best-seller paraît en France, prête aux arbres des caractéristiques humaines. Un thème qui a également inspiré de nombreux écrivains et artistes.

Le documentaire « L’intelligence des arbres » montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte. Ce savoir va changer votre regard sur le vivant, les arbres et les forêts.
Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s’occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller “La Vie secrète des arbres” (vendu à plus d’1 million d’exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l’Université du “British Columbia” au Canada.
Peter Wohlleben, Garde-forestier & auteur de “La Vie Secrète des Arbres”, utilise à dessein un langage très humain, car les termes scientifiques suppriment toute émotion et les gens ne les comprennent plus.
La Vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben, extraits :

 1 - Ils ont un langage codé
Certes, ils ne parlent pas comme nous. Mais cela n'empêche pas les arbres de communiquer. En émettant des substances odorantes, ils échangent chimiquement, et électriquement aussi. Il suffit de soulever un bout de terre en forêt pour découvrir des filaments blancs. Il s'agit d'hyphes de champignons, qui participent, avec les racines, à la transmission d'informations sur la sécheresse du sol, une attaque d'insectes ou tout autre péril. Ces fils, qui fonctionnent sur le même principe qu'Internet, forment un réseau souterrain si dense que des scientifiques l'ont baptisé le « Wood Wide Web ». Difficile de déterminer le type et le volume d'informations communiquées tant la recherche est embryonnaire sur le sujet. Si les chênes et les acacias s'avertissent des dangers, peut-être échangent-ils aussi de bonnes nouvelles. En tout cas, lors d'une prochaine balade en forêt, prêtez l'oreille. Si vous percevez de légers craquements, pas sûr que ce soit uniquement dû au vent.

2 - Ils se défendent contre l'ennemi
On les imagine volontiers incapables de faire face à des invasions. Victimes passives, condamnées à se faire grignoter par des animaux, des insectes ou des parasites appâtés par les millions de calories qu'ils renferment sous forme de sucre, cellulose, lignine et toutes sortes de glucides. Grossière erreur. Les arbres en ont sous l'écorce ! Ils sont capables de se débarrasser seuls de leurs agresseurs. Certains développent leur propre insecticide. Ainsi, les acacias peuvent augmenter la teneur en substances toxiques de leurs feuilles pour se délivrer des girafes qui les mangent. En cas d'attaque, les chênes, eux, envoient des sucs amers dans leur écorce et leurs feuilles. De quoi exterminer ces pillards ou, au moins, gâcher leur festin en rendant leur verdure immangeable.
Pour d'autres espèces, la stratégie sera différente. Certains émettent des substances pour attirer les prédateurs friands de leurs assaillants. Ainsi les ormes et les pins, pour se débarrasser des chenilles, appellent à leur rescousse de petites guêpes qui vont pondre des oeufs dans le corps de leur envahisseur.

3 - Ils font équipe pour survivre
Lorsque les arbres meurent, ils pourrissent et se transforment, en quelques décennies, en humus. Pourtant, certaines souches demeurent dures comme de la pierre, même après plusieurs centaines d'années, et contiennent encore de la chlorophylle. Ces souches bénéficient de l'aide de leurs voisins, qui leur transmettent des substances nutritives pour les maintenir en vie. Car les arbres développent l'esprit de communauté, « conscients » que l'entraide leur assure sécurité et longévité. Ils modèrent ainsi les températures de leur écosystème, augmentent si besoin l'humidité atmosphérique et emmagasinent de grandes quantités d'eau. Ensemble, ils font également bloc face aux autres espèces pour avoir accès à la lumière et aux ressources du sol. Ils ne seraient pas dénués d'émotions, voire de sentiments. Dans un cas sur 50, on peut voir des « amoureux », qui poussent côte à côte et veillent à ce que leurs branches ne dérangent pas la croissance de l'autre. Comble du romantisme: si l'un des deux meurt, il faut couper le survivant, qui mourra de toute façon l'année suivante.

4 - Ils sont très prévoyants
Lors de votre prochaine balade en forêt, si vous écrasez accidentellement un arbrisseau en pensant que ça n'est pas grave car il vient de sortir de terre,sachez que certains ont déjà une dizaine d'années. Ils ne dépassent pas la vingtaine de centimètres alors qu'ils devraient être bien plus grands. L'explication ?
En filtrant la lumière du soleil à travers leurs branches, leurs pères, vénérables centenaires, les forcent à pousser très lentement pour avoir un tronc bien rectiligne. Ainsi, à l'âge adulte, ils seront mieux armés pour résister aux bourrasques et aux intempéries en général. Mais, comme dans une salle de classe, il y a des dissipés.
Avides de lumière, certains, pour capter de précieux rayons, se contorsionnent et ne poussent pas droit. Quelques années plus tard, leurs troncs courbés les déséquilibreront. Et ces impatients risquent également la déchirure de bois, une blessure qui peut entraîner leur mort.

5 - Ils ont chacun leur caractère
Les hêtres, au fort esprit de compétition, n'hésitent pas à pousser les autres espèces pour se faire une place au soleil. Les bouleaux, eux, sont des solitaires, qui aiment se tenir à l'écart. Au-delà de ces caractéristiques communes avec l'homme, les arbres auraient leurs propres traits de caractère: raisonnables, téméraires...Farfelus ?
Comment, alors, expliquer les différences de comportements entre congénères de la même espèce bénéficiant de conditions naturelles strictement identiques ?
A l'automne, il n'est pas rare de voir des chênes changer de couleur tandis que leurs voisins restent uniformément verts encore quelques semaines. Le moment choisi pour se débarrasser de son feuillage serait donc une question de caractère. Certains décideraient de s'en séparer au plus vite pour ne pas être surpris par l'hiver. Ils évitent ainsi de ne plus pouvoir s'effeuiller une fois la saison froide installée et de devoir nourrir des feuilles inutilement. Tandis que d'autres profitent au maximum des bienfaits du soleil, quitte à se faire surprendre.

6 - Ils ont de la mémoire
Pour s'assurer une bonne croissance, les arbrisseaux retiennent des informations, notamment sur leur consommation d'eau puisée dans le sol. Ils doivent ainsi apprendre à se modérer pour ne pas dépasser leurs besoins, au risque de se faire exploser l'écorce. Une fois la notion de sobriété acquise, ils ne la perdent pas, malgré la tentation que représente une terre gorgée d'eau. Pour stocker ces savoirs, hêtres, chênes, pins et bouleaux disposeraient d'une forme de cerveau dans leurs racines. Ces dernières présentent un système de transmission de signaux, mais aussi des structures et des molécules comparables à celles des animaux.
Et une conscience?
« On ne sait pas », reconnaît Peter Wohlleben, sans pour autant démentir.

Hervé Le Bouler, Un homme dans la forêt
Ce spécialiste des ressources génétiques des forêts scrute les répercussions des changements climatiques sur ces milieux si particuliers. Et défend leur cause au nom de France Nature Environnement.
Il aurait pu être commissaire de police ou cadre des Postes et télécommunications. Mais sur les trois concours publics décrochés en 1974, c'est celui des Eaux et Forêts qu'Hervé Le Bouler a choisi. Heureux hasard ? Pas tout à fait, tant il semble dans son élément en forêt. Ses ancêtres paternels étaient d'ailleurs des « nomades forestiers bretons», savetiers et charbonniers vivant dans les bois. Jusqu'à ce que son arrière-grand-père décide de s’installer à Saint-Jean-Brevelay, en Bretagne centrale, pour que ses enfants aillent à l'école. Trois générations plus tard, en sortant de sa formation forestière, Hervé Le Bouler est devenu non loin de là directeur de la « pépinière » de Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), soit, dans la terminologie officielle, le Conservatoire national de la biodiversité forestière. Il le dirigera pendant 36 ans. « J'ai toujours refusé d'aller travailler à Paris, ce qui a probablement freiné ma carrière », constate-t-il sans regret. Il vit désormais en Chalosse, non loin de Dax, dans les Landes, où il continue à mener des missions de recherche pour l'ONF et les instituts forestiers, tout en assurant le pilotage du réseau forêt de France Nature Environnement.
Ce scientifique s'intéresse à la forêt dans toutes ses dimensions, biologiques, économiques, symboliques. « Loin du brouhaha de la ville, la forêt est un lieu de ressourcement. Sous des arbres de trente mètres de haut, qui poussent là depuis deux cents ans, on se retrouve facilement face à soi-même, philosophe Hervé Le Bouler. Sans qu'ils les connaissent bien, les Français aiment leurs forêts. Elles tiennent d'ailleurs un rôle essentiel dans l'imaginaire. La psychanalyse l'a bien compris et la forêt occupe une place prépondérante dans la littérature enfantine. » Il connaît aussi bien les hommes qui travaillent dans les bois, ce « peuple forestier » auquel il s'identifie, constitué des propriétaires, des agents de l'ONF, « des hommes et des femmes, la plupart du temps, peu bavards, patients par nature, car ils savent que la forêt leur survivra. »
 « Comment les arbres vont-ils répondre à cet événement  unique, puisque la planète n'a jamais connu de réchauffement aussi rapide ? »
« C'est un chercheur. Il aime creuser les sujets les plus pointus et débattre », explique Juliette Fatus, chargée de mission forêt, qui travaille aux côtés d’Hervé depuis quatre ans. Lui se définit plutôt comme « pépiniériste depuis quarante ans ». Un terme bien modeste pour décrire un travail d'expert en ressources génétiques des forêts, qui consiste à détecter les premières essences d’arbres  affectées par les changements climatiques et à dessiner l'avenir de nos forêts, en élaborant différents scénarios. « Si la température grimpe de plus de deux degrés, les changements seront trop importants. Nous aurons à Orléans le même climat qu'aujourd'hui au centre de l'Espagne !, explique-t-il dans son langage direct. En France, les essences les plus menacées sont celles qui ne tolèrent pas la sécheresse, comme le hêtre ou le sapin. Le chêne vert, lui, pourrait voir son aire de répartition augmenter. Si les arbres sont fragilisés, cela peut entraîner la pullulation d'insectes. Comment les arbres vont-ils répondre à cet événement  unique, puisque la planète n'a jamais connu de réchauffement aussi rapide ? » Le dérèglement climatique bouleverse aussi le monde sylvicole. Les industriels du bois ou de l'énergie y voient l'opportunité d'adapter la forêt à leurs besoins, la considérant comme usine à fabriquer du bois. Pour résumer le point de vue de France Nature Environnement sur la question, cet amateur de bons mots use d'un aphorisme bien senti : « Le bois énergie est au bois d’œuvre ce que l'épluchure est à la patate. On ne cultive pas la forêt que pour ça. Ce ne serait de toute façon pas rentable. »
Cette faconde et son expertise ont fait de lui le candidat idéal pour prendre le pilotage du réseau forêt, en 2011. Ce « bon écolo militant de Bretagne, toujours prêt à râler » s’est mobilisé contre la centrale de Plogoff ou contre l’installation d’un camp militaire au Larzac, et s’est investi de longues années près de chez lui, au sein de Pays de Loire Nature Environnement ou du Réseau Cohérence. Il a également exercé des responsabilités politiques, en tant que maire-adjoint de Guémené-Penfao entre 1986 et 1996. Sa voix à faire trembler les chênes est une arme redoutable pour se faire entendre. Il s'en sert pour mener un dialogue de qualité avec les différents interlocuteurs de France Nature Environnement : Etat, communes forestières, propriétaires privés… « C'est beaucoup plus dans ma nature de convaincre, de discuter, que d’aller à l’affrontement. Notre travail d'expertise nous donne une grande légitimité auprès des décideurs. Nous sommes écoutés. Cela nous permet de peser, de faire passer nos revendications. Et grâce aux informations du terrain, communiquées par les associations, nous ne nous laissons pas berner sur les dossiers difficiles. » Le tout pour des réunions sans langue de bois.

Repères
1953 : naissance à Elven (Morbihan)
1976 : directeur du Conservatoire national de la biodiversité forestière -
2011 : devient responsable des politiques forestières pour France Nature Environnement


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