MAX & LENNY

MAX & LENNY
09.03.2015

dans le cadre de LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES, PAROLES DE FEMMES et LE COLLECTIF DU 8 MARS 2015 vous proposent une rencontre avec Fred NICOLAS, réalisateur, à l’issue de la projection.


ENTRETIEN AVEC FRED NICOLAS

A l’origine du film, il y a votre interêt pour une rappeuse marseillaise, Keny Arkana...
C’est vrai. Alors que je voulais travailler sur des grands thèmes que sont l’amitié, l’adolescence, la musique, mes filles m’ont fait découvrir cette jeune rappeuse, Keny Arkana, une adolescente rebelle qui s’est réfugiée dans la musique et a écrit ses premières chansons à 16 ans. Le fait que ce soit une fille qui fait entendre une voix différente, là où elles n’ont pas souvent droit au chapitre, m’a donné l’envie de raconter une histoire de filles. Et sa personnalité à l’énergie impressionnante m’a inspiré le personnage de Lenny, une adolescente mal dans sa peau, qui exprime ses émotions par des textes qu’elle rappe ensuite sur des instrumentaux.

Pourquoi avoir fait appel à François Bégaudeau pour la co-écriture du scénario ?

« Entre les murs » – aussi bien le livre que le film, ont compté pour moi. Peut-être parce que je suis fils d’institutrice, la vie de cette classe avec ce professeur qui met toute son énergie à tenter de transmettre sa passion pour le français m’a particulièrement touché. Assez spontanément, j’ai donc contacté François, pour son expérience de la jeunesse au plus près de la réalité adolescente, et son regard critique sur la société. J’y voyais une sorte de continuité. Avec François, encouragés par Elisabeth Perez ma productrice, on a décidé d’écrire un film davantage ancré dans le réel. On a finalement trouvé le film, sur le chemin du réalisme social en avançant par couches successives, comme dans une partie de ping-pong.

Vous avez été assistant sur des films comme Bye bye de Karim Dridi ou Le Petit voleur d’Erick Zonca, qui montraient un Marseille très masculin. Alors qu’au centre de votre film, il y a deux filles... même si le titre peut laisser penser le contraire !

Je voulais donner la parole aux filles. Dans ces cités, des gamines ont peu de chances de devenir des contemplatives : elles doivent agir pour s’en sortir, c’est plus dur pour elles d’exister, de faire entendre leur voix. Et dans ce contexte, l’adolescence, l’âge des possibles, est aussi celui où l’on prend conscience des impasses. Avec leur 18 ans, Lenny et Maxine doivent davantage se bagarrer que des garçons. Comme si elles partaient dans la vie avec un handicap, ou qu’elles avaient toutes les deux des chaussures de plomb.
Le film repose sur la dynamique entre deux héroïnes très complémentairesL’amitié commence par une rencontre. Je voulais filmer un tandem de battantes. Je voulais créer un binôme, avec deux filles qui seraient presque le négatif l’une de l’autre. Lenny, une fille blanche de peau mais noire et torturée intérieurement, et Max, une petite black solaire et inventive.Lenny offre à Maxine des moments forts et enivrants, une vraie vie d’adolescente, libre et sauvage, elle ne sait pas y résister. Elle lui permet de se sortir de son quotidien difficile, qu’elle subit encore plus depuis la maladie de sa grand-mère. De son côté, à travers Maxine, Lenny réapprend à nouer des liens avec les gens, la vie, la société. également sur le plan musical, Max agit comme un révélateur pour Lenny. Elle a bien compris qu’il y avait quelque chose de vital pour Lenny dans le rap, que c’était son unique manière de s’exprimer, d’exorciser son passé douloureux et son avenir incertain. Max lui permet d’accoucher de ça, de parler d’elle-même pour la première fois. C’est d’ailleurs pour cette raison que Max apparaît en premier dans le titre : c’est grâce à elle que le miracle se produit.

Contrairement aux clichés, les rapports entre les adolescentes et les adultes (professeurs, éducateurs...) ne sont pas systématiquement conflictuels...
Absolument. Je ne voulais pas faire une représentation ca- ricaturale des relations entre les adolescents et les adultes. Effectivement il y a de la violence, mais les rapports entre les jeunes et les éducateurs par exemple sont plus nuancés et complexes que ça. également, je n’avais pas envie d’en rajouter dans la noirceur. Pour moi, les éducateurs, les enseignants, même les policiers quelque part, essaient de faire en sorte que ça se passe bien. ils sont au service des autres, ils ont des convictions, des difficultés aussi. J’ai essayé d’éviter le face à face schématique, avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre.

Le Marseille que vous montrez est très hétérogène, à la fois urbain et bucolique, il y a à la fois les cités et les calanques...
Marseille, c’est ma ville intime. C’est un cliché de le dire mais c’est vrai : c’est une ville avec des contrastes très forts. Avec aussi bien des quartiers pauvres que des quartiers bourgeois et protégés. C’est sans doute l’unique ville au monde dont les canons, ceux du fort saint-Jean qui borde le Vieux Port, sont braqués non pas vers le large, mais vers la ville et ses habitants ! J’ai voulu transcender le réalisme social pour faire un film plus poétique et optimiste, montrer le monde violent de la banlieue mais aussi celui des criques ensoleillées et des quartiers résidentiels.

La question de la drogue dans les cités n’est pas évacuée...

C’est une réalité terrible. Quand j’y habitais gamin, ça n’avait pas atteint le degré actuel. Aujourd’hui La Bricarde est le supermarché de la drogue. Paradoxalement, l’endroit est aussi un des plus sûrs de la ville. Le trafic fait vivre bon nombre de gens, surtout des jeunes qui, au lieu de chercher un boulot, font les guetteurs pour gagner 50 euros par jour. J’avais envie d’en parler comme d’un fait de société, d’une réalité de ces quartiers. Je pensais qu’il fallait aborder cette question de façon simple, parler de ces gens qui ont conscience que c’est mal, mais qui en même temps n’ont que ça pour ramener un peu d’argent à la maison.

La musique est bien sûr très présente dans le film, et pas uniquement du rap...
La musique était un des éléments essentiel du récit. Je voulais que mon héroïne ait un lien particulier avec la musique, un lien sacré. Car le véritable plaisir de Lenny, son refuge, c’est la musique. Elle a d’ailleurs des goûts éclectiques, elle écoute du classique, du jazz, de la pop, de la soul. C’est là sans doute que la personnalité de Lenny rejoint la mienne : au-delà même du fait que c’est un moyen de s’exprimer, c’est une façon de se faire du bien. Comme dit Lenny, un peu naïvement, : « La musique, c’est la vie ». Au Festival de st-Jean-de-Luz, Xavier Beauvois m’a dit : « tu m’as fait comprendre le rap ! » ça m’a touché.


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