VIOLETA

VIOLETA
11.12.2012

Rencontre - dédicace, à l’issue de la sé́ance, avec Angel PARRA, écrivain, musicien. Violeta PARRA, artiste clef de la musique chilienne populaire des années soixante, renaît enfin sous la caméra d'Andrés Wood. Ce film, adapté du roman de son fils Angel Parra, lui aussi musicien et écrivain, retrace la vie de Violeta Parra, de son enfance en passant par ses succès internationaux dans la musique et dans l’art dans les années cinquante et soixante où elle exporte la culture chilienne populaire à travers le monde.


Le poignant destin de Violeta Parra.

Violeta Parra, artiste clef de la musique chilienne populaire des années soixante, renaît enfin sous la caméra d'Andrés Wood. Récompensé pour ses précédents longs métrages, Machuca (2004) et La Buena Vida (2008), « Violeta se fue a los Cielos », d'après le roman homonyme de son fils Angel Parra, lui aussi musicien de renom, retrace la vie de Violeta Parra, depuis son enfance où elle apprend à jouer de la guitare au côté d'un père alcoolique, jusqu'à son suicide, à 50 ans, en passant par ses succès internationaux dans la musique et dans l'art (elle exposa au Louvre) dans les années cinquante et soixante où elle exporte la culture chilienne populaire à travers le monde. Sa création artistique intense alterne avec ses moments de doutes et sa perte d'inspiration...

Andrés Wood livre un portrait vibrant de la grande chanteuse chilienne, morte en 1967. Entretien.

Vous êtes chilien, né peu avant la disparition de Violeta Parra. Comment est-elle entrée dans votre vie, jusqu’à vous donner envie de lui consacrer un film ?
Cela fait dix ans que je porte ce film en moi. Mais la première rencontre avec Violeta, ce fut par sa musique. Puis, par ses paroles. Ses livres. Et enfin, sa personnalité. Je ne l’ai découverte qu’après sa mort, quand j’avais dix ou onze ans. Quand j’avais six, sept ans, le Chili était en pleine dictature, et les chansons de Violeta ne passaient pas à la radio, vu leur caractère engagé. Lorsque j’ai fini par les entendre, et en tomber amoureux, ce fut une rencontre personnelle tant, dans ma famille, on était apolitique et on écoutait surtout du classique ou du tango.
Le biopic est en vogue ces dernières années, et vous, vous nous proposez un portrait non biographique, plus intuitif. Pourquoi avoir choisi cette voie ?
Je ne voulais ni une biographie académique ni un film journalistique. Le film commence quand elle a 35 ans et la suit jusqu’à sa mort, à 49 ans. Au début de la trentaine, Violeta était une femme mariée, contrainte à jouer en quelque sorte les ménagères. Son divorce va coïncider avec son envol, artistique et poétique.
C’était en cela une femme « moderne » avant l’heure, au sens d’une nouvelle condition féminine ?
Oui, mais aussi parce qu’elle voulait apprendre à se connaître. A connaître ses racines. Elle est également moderne, si l’on peut dire, par la résistance des thèmes de ses chansons, qui sont encore aujourd’hui citées en référence par le mouvement estudiantin. Ces deux dernières années, le Chili a connu beaucoup de protestation contre le nouveau système d’éducation, très discriminatoire. Et Violeta Parra est une des icônes centrales de ce mouvement de protestation.
C’est une chanteuse politique ?
Aussi, oui, et à ce titre la mère de nombreux chanteurs folks, avec un ancrage populaire, social et, oui, politique. Des chansons qui datent d’il y a cinquante ans sont aujourd’hui chantées par le peuple chilien, lorsqu’il s’agit de défendre la cause des mineurs, des Indiens, des indigènes ou des étudiants.
Vous faites le portrait d’une femme fascinante en ce qu’elle était difficile à saisir.
Elle est pétrie de contradictions. Si vous n’étiez pas avec elle, c’est que vous étiez contre elle, dans son esprit. Elle qui était si politique n’a jamais mis les pieds à Cuba. Mais est partie à Paris, ce qui l’a menée à fréquenter les élites du Louvre, où elle a exposé.
Cette femme du peuple recherchait-elle une forme de gloire ?
Elle voulait surtout être aimée, et reconnue de tous. Elle voulait aussi que l’art populaire, qui était son langage à elle, soit considéré au même niveau que l’art classique.


Vénérée au Chili, la chanteuse Violeta Parra fait aujourd’hui l’objet d’un superbe biopic d’Andrès Wood. Initiateur et gardien de l’authenticité du projet, son fils, l’artiste Angel Parra, se souvient.
« Chaque fois que j’entends le mot “maman”, je redeviens un enfant. » Le chanteur-compositeur romancier Angel Parra a ces temps-ci de nombreuses occasions de se sentir à nouveau très jeune. Fils de la légendaire Violeta Parra, dont les chansons, les tableaux et autres sculptures font désormais partie intégrante du patrimoine artistique du Chili, il est en effet à l’origine du très beau film qu’Andrés Wood consacre au destin hors norme de cette femme qui préféra se suicider, en 1967, à 50 ans, plutôt que de vivre sans la liberté de poursuivre la mission qu’elle s’était fixée. « Elle est morte en 1967, l’année de mes 24 ans. Je garde d’elle le souvenir d’une guerrière », dit-il. Contre quoi se battait-elle ? « Contre l’indifférence des autorités au sort des pauvres, contre le refus de leur ouvrir l’accès aux vraies beautés de la musique, de la peinture, de la culture en général. »
C’est à la fois pour raviver son héritage, actualiser la portée de ses œuvres, et cautériser le regret de ne pas l’avoir mieux connue qu’il s’est attelé, en 2004, à une ample biographie que les Chiliens se sont arrachée au fil de ses sept tirages successifs : « Elle adorait trop les millions de personnes qui constituaient son peuple pour pouvoir aimer correctement des individus en particulier, y compris ses propres enfants, explique-t-il avec émotion. Avec ce livre, j’ai voulu lui adresser une sorte de lettre pour lui dire combien elle me manque, à quel point je l’ai aimée, et aussi que je ne lui en veux pas. »
Approché par le cinéaste Andrés Wood, le réalisateur de « Mon ami Machuca », pour en faire un film, Angel Parra s’est d’abord attelé à contourner les pièges dans lesquels le projet risquait de tomber : « Il ne fallait pas transformer ma mère en icône révolutionnaire revêtue d’un drapeau rouge ni, surtout, la rendre trop aimable ou exemplaire. C’était certes une femme passionnée, mais aussi très dure, intransigeante, obstinée. » Et lorsqu’est arrivé le moment de choisir l’actrice chargée de l’incarner, une poignée de secondes a suffi : « Andrés Wood avait sélectionné cinq actrices, auxquelles il avait demandé d’interpréter une chanson à la guitare, raconte-t-il. Dès les premières notes, l’audition de Francisca Gavilán m’a fait fondre en larmes. » Devenu le coach personnel de la comédienne, très présent sur le tournage, Angel Parra a ainsi veillé à ce que le film – grand prix du jury du festival de Sundance, fiction étrangère, en janvier dernier – ne trahisse à aucun moment cette « héroïne » qui avait si peu conscience de l’être. Et quand on lui fait remarquer que, pour qualifier l’aura de Violeta, la fréquente comparaison avec Édith Piaf ou Bob Dylan ne nous semble pas très appropriée, il saisit la balle au bond : « Ce sont de purs contresens, des formules ventilées en dépit du bon sens, confirme-t-il. S’il fallait lui trouver un alter ego, ce serait plutôt Georges Brassens, aussi bien pour sa poésie “populaire” que pour les racines de son engagement. »



Merci à la vie

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné deux étoiles qui, quand je les ouvre,
Me font distinguer parfaitement le noir du blanc
Et, dans les hauteurs du ciel, la voûte étoilée
Et, dans les multitudes, l'homme que j'aime

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné l'ouïe qui, dans toute sa portée,
Enregistre nuit et jour grillons et canaris,
Marteaux et turbines, aboiements et averses,
Et la voix si tendre de mon bien-aimé

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné le son et l'alphabet;
Et avec lui, les mots que je pense et déclare:
Mère, ami, frère et lumière éclairant
La route de l'âme de celui que j'aime

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné la marche de mes pieds fatigués;
Avec eux j'ai foulé villes et flaques d'eau,
Plages et déserts, montagnes et plaines,
Et ta maison, ta rue et ton patio

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné le coeur qui agite son cadre
Quand je regarde le fruit du cerveau humain,
Quand je regarde le bien si loin du mal,
Quand je regarde le fond de tes yeux clairs

Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné le rire et elle m'a donné le pleur
Ainsi je distingue le bonheur de la détresse,
Les deux matériaux qui forment mon chant,
Et votre chant qui est mon propre chant,
Et le chant de tous qui est mon propre chant
Merci à la vie qui m'a tant donné.

Violeta Parra


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